Winter brothers – Les gris pour motifs visuels

La sortie en salle ce jour de Un jour si blanc (Deuil en blanc), deuxième film réalisé par Hlynur Palmason nous invite à nous attarder sur son aîné. Dès la réalisation en 2017 de Winter brothers, son premier long-métrage donc, le cinéaste islandais a démontré sa maîtrise technique. Entre neige, corps pâles et teintes délavées, Winter brothers brille de belles qualités tant dans les éclairages observés que dans l’atmosphères mise en œuvre. Le film oscille ainsi entre réalisme étrange et rêve cafardeux. Il n’est pas sans nous rappeler les réalisations de Roy Andersson.

Emil travaille avec son frère dans une carrière de calcaire et vend aux mineurs l’alcool frelaté qu’il fabrique. Les relations changent lorsque la mixture préparée par Emil est accusée d’avoir empoisonné l’un d’entre eux.

Winter brothers a été primé dans de nombreux festivals dont celui de Locarno en 2017. Le parallèle que nous faisons entre ce film et l’univers cinématographique de Roy Andersson vaut pour ses aspects visuels mais aussi pour ses emprunts faits aux récits burlesques. Sur la forme, Winter brothers est un film très travaillé et ultra-maîtrisé. Le travail effectué sur le plan visuel confine pour certaines scènes à l’exercice de style. C’est l’œuvre d’un plasticien, Hlynur Palmason néo-réalisateur.

Tourné au Danemark, Winter brothers donne à voir un univers âpre et vierge de tout repère spatio-temporel. L’intrigue prend place dans une mine de calcaire au cœur d’une forêt. Le nuancier de couleurs utilisé tient du camaïeu de gris délavés. Dans ces teintes ternes se mêlent ainsi les blancs sales de la neige, le calcaire ou encore la boue couvrant les environs et les personnages pareils à des silhouettes livides et fantomatiques. Les bâtiments industriels couleur béton dessinent des blocs froids. L’environnement filmé semble de la sorte post-apocalyptique. Les nappes de musique semi-industrielle et le bruit des machines participent à l’atmosphère instaurée. Elle apparaît immédiatement puis continuellement étrange, intrigante et claustrophobe alors qu’une bonne part de l’action se tient pourtant à ciel ouvert.

Il est incontestablement affaire de contrastes dans Winter brothers. Sur les teintes donc mais aussi relativement aux profils très dissemblables des deux frères formant le duo principal du film. Ainsi Emil (Elliott Crosset Hove) en anti-héros lunaire, anticonformiste et persistant dans ses erreurs est le contraire de son frère Johan (Simon Sears). Chacun partage cependant le même laconisme et la même attirance pour Anna (Victoria Carmen Sonne). Mais Palmason ne parvient pas réellement à rendre tangible la relation fraternelle attendue.

Les scènes composées rentrent en effet peu en correspondance avec un récit plutôt ombrageux. Il y a en fait dans Winter brothers deux films en un car la forme et le fond ne font pas l’objet de la même attention. Ainsi, très convaincant sur le traitement des aspects formels de son film, Palmason ne semble jamais trouver une formule adéquate pour mettre en avant son récit. La faute en revient en partie à des personnages insuffisamment écrits.

Malgré cela et derrière la stylisation formelle observée, l’âpreté du récit placé en arrière-plan confère par certains aspects une étrangeté fascinante à Winter brothers. Le spectateur devra cependant accepter l’abstraction narrative du film pour apprécier celui-ci pleinement. Perfectible sur le plan narratif, surprenant par les compositions visuelles proposées, ce premier long métrage de Palmason est très prometteur notamment par l’hybridation imaginée entre la dimension plasticienne et la dimension narrative du film.

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