Revenir – Modestie étriquée

Jessica Palud fut longtemps assistante réalisateur notamment de Philippe Lioret qui l’a ici produite et conseillée dans l’écriture du scénario de Revenir. Le script, également coécrit par Alain Dias, alias Diastème, est inspiré du roman L’amour sans le faire publié en 2012 par Serge Joncour. Une expérience bénéfique puisque Revenir ne souffre pas de défauts communs à de nombreux longs métrages. Le film s’étend ainsi sur une durée courte (moins de quatre-vingt minutes) et, animé par une mise en scène non démonstrative, est exempt d’une volonté de trop en faire. Mais la modestie d’un geste cinématographique, est-ce suffisant ?

C’est la ferme où Thomas est né. C’est sa famille. Son frère, qui ne reviendra plus, sa mère, qui est en train de l’imiter, et son père, avec qui rien n’a jamais été possible. Il retrouve tout ce qu’il a fui il y a 12 ans. Mais aujourd’hui il y a Alex, son neveu de six ans, et Mona, sa mère incandescente.

Sous un éclairage sommaire, les corps écrasés de chaleur offrent une esthétique peu avenante au fil d’une mise en scène sans éclat et aux cadres parfois aléatoires. Le tournage dans la campagne isolée de la Drome a duré quatre semaines. Prise de court, Jessica Palud a accéléré ses prises de vues pour mettre en boite jusqu’à huit minutes de film par jour en fin de tournage. Elle filme les corps et les gestes de ses acteurs d’une façon assez voisine de celle de Xavier Dolan dans Juste la fin du monde (Plus jamais la famille). Ces deux longs métrages ont aussi en commun un casting serré évoluant dans peu de décors. Revenir a ainsi tout d’un quasi huis clos réalisé dans un milieu rural isolé, version plus taiseuse et moins enlevée que son modèle canadien.

Le verbe-titre s’accorde au personnage principal interprété par Niels Schneider de retour dans la ferme familiale qui l’a vu naître. Derrière une histoire de famille et ses secrets, la réalisatrice aborde en filigrane les conséquences liées aux difficultés financières que subissent nombre d’agriculteurs. Revenir n’a cependant pas les visées d’un documentaire. Dans cette fiction, la réalisatrice-coscénariste adopte une narration plutôt scolaire sur quatre jours et demi. L’ensemble trop bien borné se révèle plutôt programmatique et sans réelle surprise. Un scénario convenu pourtant salué par le prix du meilleur scénario de la section Orrizonti de la Mostra de Venise 2019 ! Reconnaissons aux trois coscénaristes de prendre peu de temps pour raconter peu de chose, un récit « épuré » en somme mais dont la faible durée n’accouche en définitive que d’une intensité illusoire.

Outre une mise en scène peu organique, notre absence d’attachement au film s’explique aussi par sa distribution. Les performances d’acteur de Niels Schneider et Adèle Exarchopoulos ne sont pas ici en cause. Mais les deux acteurs principaux sont utilisés à contre-emploi et ne « collent » pas au profil des personnages incarnés. Le choix de la réalisatrice de ne transmettre que le point de vue du personnage masculin contribue au caractère monocorde de Revenir. Une version plus longue s’attardant à caractériser et approfondir la psyché des autres protagonistes aurait été probablement plus efficiente.

Rien ne transcende Revenir. Le drame rural mis en images convainc encore moins que Au nom de la terre (Germes de surface) d’Édouard Bergeon et infiniment moins que Petit paysan (Amour vache et vaches folles) d’Hubert Charuel.

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