Mado – Enlisement sociétal

Dans la filmographie de Claude Sautet, Mado réalisé en 1976 s’intercale entre Vincent, François, Paul… et les autres (1974, Crise économique, chocs existentiels) et Une histoire simple (1978). La réalisation, la thématique et une part de la distribution de Mado s’inscrivent dans la lignée de l’emblématique film réalisé deux ans plus tôt. En annonçant peu son successeur au casting plus largement renouvelé, Mado marque une sorte de fin de chapitre dans la filmographie de son auteur.

Du jour au lendemain, Simon Léotard, un promoteur immobilier, se retrouve ruiné par Lépidon, un concurrent véreux. Ce dernier lui réclame le remboursement des traites qu’il a consenties à son associé. Julien, qui vient de se suicider sans explication. Grâce à Mado, une jeune prostituée dont il tombe amoureux, Simon se venge de Lépidon.

Claude Sautet poursuit l’étude sociétale de la France des années 70. Dans Mado, le réalisateur et son coscénariste Claude Néron optent pour une mise en confrontation. Ce duo de scénaristes avait été formé plus tôt pour notamment adapter au cinéma deux romans de l’écrivain : Max et les ferrailleurs (1968) puis La grande marrade (1965) porté à l’écran sous le titre Vincent, François, Paul… et les autres. Ici, le procédé est inversé. Le scénario du film fera l’objet d’une adaptation en roman par l’écrivain.

La confrontation mise en images concerne d’un côté la jeune génération qui, frappée par le chômage et en situation financière précaire, vit dans la débrouille, affiche des ambitions modestes et se montre financièrement désintéressée. En face de ces jeunes gens, leurs aînés financièrement aisés, affairistes et volontiers vénaux, « ont les moyens de décider pour les autres ».

Dans ce registre, Julien Guiomar est à nouveau remarquable. Lépidon, son personnage corrompu et « incoinçable », cumule les dossiers qui, grâce à de multiples soutiens politiques, sont vidés des documents compromettant. L’acteur incarne le personnage-clé d’une intrigue immobilière complexe et sciemment confuse. Elle est l’élément prétexte pour introduire le thème premier du film.

Ainsi, l’opposition proposée entre deux générations est matérialisée par le duo formé par Michel Piccoli et Ottavia Piccolo (Mado). Dans un rôle de jeune comptable, le personnage interprété par Jacques Dutronc sert de trait d’union entre ces deux mondes ou, plus exactement, sphères de solitude intime. Au rang des belles scènes du film, citons celle durant laquelle une connivence naît autour de quelques bouteilles de whisky entre deux personnages rivaux incarnés par Piccoli et Charles Denner. Ici, leur rivalité est d’ordre sentimental puisqu’ils sont amoureux de la femme à savoir le personnage-titre.

Mado est probablement le film le plus politique de Sautet. En effet, l’impasse sociale des uns répond à la lutte sociale des autres dans un long métrage qui est peut-être le plus sombre et pessimiste du cinéaste. A l’embourbement physique final des protagonistes dans un chantier sous une pluie battante, nous ne pouvons raccrocher que son pendant moral. L’enlisement des personnages est total. Il figure celui d’une société au mitan des années 70 dans laquelle le divorce entre deux générations semble consommé. Seul un immense chantier permettrait de sortir de ce bourbier symbolisant l’impuissance d’une société toute entière.

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