Lillian – Into the wild au féminin ?

Jusqu’ici auteur de documentaires, Andreas Horvath a livré en 2019 son premier film de fiction : Lillian. Une première qui valut à ce film inspiré d’une histoire vraie d’être présenté au festival de Cannes 2019 et de concourir à la Caméra d’or. Ce prix convoité par les primo-réalisateurs sera finalement décerné à Cesar Diaz pour Nuestras madres, une première réalisation déjà évoquée dans nos colonnes : Mémoire enfouie et anonyme.

Lillian, échouée à New-York, décide de rentrer à pied dans sa Russie natale. Seule et déterminée, elle entame un long voyage à travers l’Amérique profonde pour tenter d’atteindre l’Alaska et traverser le détroit de Béring…

Le carton final de Lillian nous informe que le scénario est inspiré d’une histoire vraie. Celle de Lillian Alling, une jeune femme russe vivant à New York qui, en 1927, décida de rentrer dans son pays… à pied ! Ici, Andreas Horvath ne cherche pas à reconstituer la fin des années 1920. Il transpose à notre époque cette histoire étonnante.

Ce carton inopportunément placé en fin de métrage a le mérite de contextualiser un film qui souffrait jusqu’ici d’un indéniable manque de repères. Les deux heures qui précèdent l’apparition de ce carton nous ont donnés à voir une longue errance à travers les États-Unis. Depuis New York jusqu’en Alaska, le spectateur suit le long périple de l’héroïne solitaire incarnée par la photographe, plasticienne et actrice polonaise Patrycja Planik.

L’objectif final de Lillian réside dans la traversée du détroit de Béring pour enfin refouler sa terre natale, celle de la Russie. Elle n’atteindra jamais ce but, le corps de la jeune vagabonde n’a jamais été retrouvé.

L’Alaska était aussi la destination finale et funeste de Christopher McCandless (Emile Hirsch), iconique vagabond solitaire de Into the wild (2007, Sean Penn). Pouvons-nous conjuguer au féminin Into the wild pour lui attribuer le prénom de Lillian ? Oui pour ce qui concerne la trajectoire suivie et la forme de l’errance de l’omniprésent personnage central. La beauté de certains plans captant une nature immense et désertique invoque explicitement le film réalisé par Sean Penn. Mais cela ne suffit pas à capter durablement l’attention des spectateurs.

En effet, Horvath s’enferre dans une trop grande radicalité. Il ne livre aucune explication qui viendrait contextualiser et motiver les choix de son héroïne. Pourquoi cette fuite ? Pourquoi ce parcours radical dont l’unique leitmotiv semble être la solitude ? Les tourments intérieurs de Lillian demeureront insondables car le réalisateur autrichien fait endosser à son personnage-titre un rôle quasi mutique.

Dès lors, le salut pourrait être trouvé dans les inévitables rencontres que Lillian va faire durant ce long périple. On les espère insolites et nombreuses. Las, elles ne seront ni l’un ni l’autre. Pire, ces rencontres seront toutes fuies par Lillian, y compris celles amicales ou d’entraide. Dès lors, face à Lillian Alling, Christopher McCandless ferait figure de grand mondain.

Au final, le périple mis en images finit par indifférer. Il est difficile sur la durée d’emboîter le pas de Lillian dans ce road-movie sans vie. L’aventure en solitaire n’est pas partagée. Enfin, la scène finale, inattendue, montre le harponnage de baleines dans le détroit de Béring par des pêcheurs locaux. Si ces baleines sont prises au piège, le spectateur lui n’est pas harponné. Trop peu, trop tard, malheureusement.

 

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