Roubaix, une lumière – Au commissariat central

Dans Roubaix, une lumière, Arnaud Desplechin rompt avec ses précédentes réalisations plus encore qu’avec Jimmy P. qui en 2013 conservait Mathieu Amalric dans sa distribution. Avec un casting entièrement renouvelé, un genre cinématographique encore jamais visité par le cinéaste, un seul point d’ancrage semble subsister dans ce film présenté en compétition au 72ème Festival de Cannes : Roubaix, ville natale du cinéaste. Cette ancienne cité industrielle florissante, aujourd’hui « la plus pauvre des cent plus grandes villes françaises », prête sa misère sociale, ses bas quartiers et son commissariat central pour servir de cadres au film.

À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

Arnaud Desplechin porte au grand écran le documentaire Roubaix, commissariat central réalisé pour la télévision en 2008 par Mosco Boucault. Dans sa version film, Roubaix, une lumière, par sa sécheresse et sa précision de traitement, conserve des reflets propres aux documentaires. Le cinéaste satisfait au cahier des charges qu’il s’était soumis : coller à la réalité, ne rien inventer ou imaginer. Les drames filmés ici ne sont plus ceux familiaux de ses précédents films mais, plus communs, voire banals, ceux d’une société prolétarisée où règne pleinement une misère sociale qui ne débouche sur aucune lumière, fusse-t-elle celle invoquée par le titre du film.

Roubaix, une lumière est un film de commissariat qui rend compte du quotidien et des nocturnes du commissaire en chef et de ses hommes de bureau et de terrain. Le premier nommé incarné par Roschdy Zem forme avec Antoine Reinartz un duo de policiers très différents mais complémentaires. Le premier est expérimenté alors que le second débute dans le métier. Les autres protagonistes sont incarnés par des acteurs non professionnels recrutés dans la région roubaisienne et jouant leur propre rôle.

La première partie de Roubaix, une lumière apparaît sous les codes d’une chronique policière percée de crimes et délits plus ou moins graves commis par une frange paupérisée de la population roubaisienne. La narration avance dans les nuits de la ville-titre pour dresser, sous un angle spécifique, le portrait social de celle-ci. Dans les clair-obscur composés, le tableau dépeint brille de multiples ambiances et contrastes. La lumière invoquée par le titre est éparse, quasi unique, déjà singulière.

Dans sa deuxième partie, la narration se mue en celle d’un film-enquête visant à élucider le meurtre à son domicile d’une vieille dame. Le récit pluriel de l’entame du film cède la place à l’enquête sur une unique affaire. Le film-enquête laisse ensuite place à un film-interrogatoire visant à faire éclater la vérité chez les deux suspectes incarnées sans fard par Léa Seydoux et Sara Forestier. L’efficacité et la véracité habitent alors définitivement le long-métrage malgré le choix de musiques mélodramatiques pas toujours très appropriées.

Tourné en grande partie de nuit, Roubaix, une lumière brille par sa noirceur et l’interprétation des acteurs cités plus haut. L’œuvre est âpre et rude. Elle se révèle finalement inattendue car elle s’inscrit en contrepoint de la filmographie de Desplechin. En cela, le film surprend assurément notamment par sa noirceur et ses reflets sociétaux. En conséquence, il peut aussi décevoir les spectateurs en quête d’un film « desplechin ».

Une réflexion sur “Roubaix, une lumière – Au commissariat central

  1. Vu hier soir et pas déçu pour ma part. J’en ferai le détail très prochainement.
    La musique est en effet très présente, elle s’ajoute à la dramaturgie à dessein, car Desplechin voulait « laisser parler le score ». Comment ne pas être impressionné par la figure imposante et charismatique du commissaire Daoud. Roschdy Zem incarne le phare de ces bas-fonds, un beffroi à lui tout seul.

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