Hotel by the river – Bris et conte glacés

Bien que présenté lors de l’édition 2018 du festival de Locarno, Hotel by the river n’a bénéficié que d’une sortie tardive en salles, plus de deux ans après sa réalisation. Etrange constat pour son auteur, Hong Sang-soo, qui jouit pourtant d’une renommée certaine à l’international et tout particulièrement en France. Si la forme est coutumière au cinéaste sud-coréen, le fond et sa teneur sont plus surprenants. Non, Hotel by the river n’est pas une énième variation des précédentes réalisations de son auteur.

Un vieux poète, qui loge dans un hôtel au bord d’une rivière, fait venir ses deux fils, pensant que sa fin est proche. Lieu de retrouvailles familiales, l’hôtel est aussi celui d’un désespoir amoureux : une jeune femme trahie par l’homme avec qui elle vivait vient y trouver refuge et demande à une amie de la rejoindre…

Les détracteurs de l’œuvre cinématographique de Hong Sang-soo portent souvent leur grief sur le schéma narratif mis en œuvre par le cinéaste. Une narration faite de répétitions et de lenteurs disent-ils. Pour notre part, nous qualifions ces prétendues répétitions plus volontiers de variations. C’est dans ces dernières que viennent se nicher des exercices de style entièrement portés sur le récit qui ainsi se démultiplie. En la matière Un jour avec, un jour sans (2016, 1 = 1+1 = 3 !) fait référence. Les lenteurs narratives constatées par certains sont davantage liées à des séquences prises sur le vif et quasi improvisées qui laissent, un temps, la narration en marge. Le cinéma de Hong est une affaire de sensations intimement personnelles, difficilement partageables.

Pour sa part, Hotel by the river pourrait drainer de nouveaux spectateurs vers le cinéma du cinéaste sud-coréen. En effet, ce dernier joue moins sur les « répétitions » et les « lenteurs » que sur la variation de ton durant tout le métrage. Avec la famille pour thème central et fédérateur, Hotel by the river se révèle tour à tour drôle et triste pour aboutir à un épilogue des plus dramatiques. Sous son apparente simplicité, le film véhicule de nombreuses émotions sans ennuyer un instant. Le récit demeure mystérieux jusqu’à son inattendu épilogue.

La simplicité de Hotel by the river tient à de nombreux critères. Il y a bien sûr la mise en scène sans fioriture dont Hong a le secret. La caméra fixe ou peu mobile capte en longues séquences des discussions existentielles partagées par les protagonistes. Même gelée en surface la rivière invoquée par le titre continue à charrier tout ce qui traine sur son passage. Il en va de même pour ce film faussement paisible : les remous et les écueils de la vie ne cessent jamais jusqu’à la mort. L’ensemble est ainsi revêtu de malentendu, de nostalgie, d’amertume.

Ce style immédiatement reconnaissable car sans nul autre pareil se déploie par le biais d’élégantes prises de vues en noir et blanc. Ici, celles-ci rendent compte d’un fil narratif chronologique et concentré sur un espace-temps réduit à moins de 24 heures. Ce noir et blanc si caractéristique n’a jamais semblé si approprié au cinéma de Hong. En effet, il sied parfaitement au récit dramatique avancé sur des décors hivernaux recouverts de neige.

Pareil resserrement est constaté au niveau du casting sur lequel on observe une dichotomie marquée par le récit entre féminin (Kim Min-hee et Song Seon-mi) et masculin (Yu Jun-sang et Kwon Hae-hyo). Ainsi, seuls deux personnages feront par intermittence la jonction entre les deux genres : Ki Joo-bong dans le rôle principal d’un vieux poète retiré dans l’hôtel-titre et l’hôtesse d’accueil dudit hôtel non créditée au générique. Comme à l’accoutumé, la direction d’acteurs prodiguée par Hong est parfaite. Il se dégage des prestations d’acteurs offertes cet inestimable sentiment d’assister à la complicité d’une troupe de comédiens. Cette brillante direction d’acteurs a été justement reconnue par le prix du meilleur acteur attribué à Ki Joo-bong lors du festival de Locarno précité. L’acteur déjà dirigé à plusieurs reprises par Hong depuis Night and day (2008) y est constamment remarquable.

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