La femme qui s’est enfuie – Narration évasive

Lors de l’édition 2020 de la Berlinale, Hong Sang-soo a obtenu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur. Ce prix venait saluer la réalisation de La femme qui s’est enfuie. Ce film concourait aussi à l’obtention de l’Ours d’or du meilleur film qui revint finalement au Diable n’existe pas réalisé par Mohammad Rasoulof. Il faut reconnaître que sur le fond peu de chose distingue le millésime 2020 du cinéaste sud-coréen de ses prédécesseurs. Mais pareil constat peut aussi être fait du côté d’une réalisation immédiatement identifiable par son extrême minimalisme.

Pendant que son mari est en voyage d’affaires, Gamhee rend visite à trois de ses anciennes amies. A trois reprises, un homme surgit de manière inattendue et interrompt le fil tranquille de leurs conversations…

Le schéma narratif de La femme qui s’est enfuie fait se succéder à l’écran trois parties distinctes. Les deux premiers segments d’une trentaine de minutes chacun sont prolongés d’un ultime épisode deux fois plus court. Trois segments pour autant de retrouvailles orchestrées autour d’un personnage commun mais pas forcément central, celui de Gam-hee interprété par Kim Min-hee. L’actrice signait ici sa septième collaboration depuis Un jour avec, un jour sans (2015, 1 = 1+1 = 3 !) avec Hong Sang-soo devenu entre-temps son époux à la ville. Un huitième film est même venu grossir les rangs de leurs travaux en commun : Introduction (2021, Développement connu). Gam-hee retrouve donc trois amies qu’elle avait perdu de vue depuis un temps indéterminé. Encore faut-il préciser que ces retrouvailles non contextualisées s’effectuent hors caméra puisque Hong filme leurs discussions post-retrouvaille.

La femme qui s’est enfuie peut être perçu comme l’aboutement de trois courts-métrages. Il forme ainsi une sorte de mini triptyque dont l’extrême dépouillement de la mise en scène est désormais caractéristique du procédé cinématographique du cinéaste sud-coréen. A peine notons-nous ici quelques zooms avant / zooms arrière dans un même plan venant parfois décadrer les personnages filmés. De film en film, la mise en scène de Hong semble s’effacer davantage encore. Par exemple, les trois rencontres filmées sont certes mises en scène dans des lieux différents mais ceux-là, appartements exigus, sont parfaitement interchangeables. Ces lieux ne participent donc en rien à la narration de trois retrouvailles conjuguées au féminin.

Epuré, délicat, minimaliste sont autant de qualificatifs pouvant indifféremment être portés au crédit de la narration ou à celui de la mise en scène. Le cinéma de Hong se fait donc toujours plus anti spectaculaire. L’épure est repoussée toujours plus loin et gangrène jusqu’à la tonalité et le rythme des trois récits. Monocorde, monotone, presque lancinante, la narration se complait dans un genre spécifique : une chronique purgée de toute progressivité narrative.

Déjà citée et au-delà du titre du film, la conjugaison au féminin des trois rencontres est indéniablement un des axes de traitement choisi par Hong. Les personnages masculins sont certes présents dans chacun des trois récits composant La femme qui s’est enfuie mais leurs rôles sont secondaires. Les hommes sont ainsi relégués au rang d’invités… non conviés. Ils interviennent dans la narration comme autant d’éléments perturbateurs d’un fil narratif (beaucoup) trop bien ordonné. Dans La femme qui s’est enfuie, le cinéma de Hong parait au final encore plus dépouillé que dans ses précédentes réalisations. Ce millésime 2020 est une nouvelle variation sur un motif familier. Un film modeste sans véritable enjeu, bâti autour d’un argument ténu et d’une narration effacée, quasi furtive. La femme qui s’est enfuie peut possiblement paraître mineur dans la filmographie de son auteur.

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