Le franc-tireur – Les hasards de la Résistance

Prod DB © Acacias / Le franc-tireur (1972) de Jean-Max Causse et Roger Taverne avec Philippe Léotard.
Titre de ressortie : Les hasards de la gloire

Le franc-tireur est l’unique film écrit et réalisé par Jean-Max Causse et Roger Taverne. Le premier nommé n’est autre que le fondateur avec Jean-Marie Rodon du réseau des cinémas Action, salles emblématiques de la cinéphilie parisienne à partir de 1966 et sur plusieurs décennies. Cet unique long-métrage réalisé en 1972 n’a depuis bénéficié que d’une distribution très tardive et confidentielle. Cinquante ans plus tard, ce constat à défaut d’être expliqué continue de surprendre. Un pan du cinéma-vérité français reste boudé par les distributeurs et les exploitants probablement à cause de sujets abordés jugés « sensibles » et à ne pas promouvoir. Le franc-tireur longtemps censuré puis placardisé est un film maudit sur une époque maudite. L’urgence est là : réhabiliter en urgence une œuvre injustement méconnue.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le fils d’un collaborateur de Grenoble monte chez sa grand-mère sur le plateau du Vercors attendre que la guerre se termine sans lui. Le 21 juillet 1944, les troupes allemandes investissent le plateau. Forcé de s’enfuir, il rejoint un petit groupe de résistants et de civils et va devoir lutter pour survivre pendant trois jours et trois nuits.

Le film s’ouvre sur un carton indiquant que « La France n’a pas besoin de vérité, elle a besoin d’espoir ». Cette citation est signée Charles de Gaulle. Le président de la République française d’alors l’avait tenue en 1967 à l’adresse du président de l’ORTF pour justifier l’interdiction de diffuser à la télévision Le chagrin et la pitié. En réalisant ce film en 1969, Marcel Ophüls avait eu pour ambition d’apporter un éclairage nouveau et réaliste sur la période de l’Occupation allemande du territoire français durant la Seconde Guerre Mondiale.

Le carton inaugural du Franc-tireur est ensuite complété par la mention « Ce film a été interdit 30 ans par le pouvoir gaulliste. » En effet, la vérité portée par le film lui a valu une distribution sans cesse reportée. Réalisé en 1972, ce film coréalisé par Jean-Max Causse et Roger Taverne ne sortira en salle qu’en 2002 sous le titre inspiré et à double sens : Les hasards de la gloire. Mais cette sortie en salle fut des plus confidentielles puisque seulement six copies du métrage furent proposées aux exploitants des cinémas de l’hexagone !

Ce carton introduit sans ambages le film que ses auteurs placent, à raison, dans le sillon du Chagrin et la pitié réalisé trois ans plus tôt. Les deux longs-métrages partagent en effet un même sujet : la Résistance française durant la Seconde Guerre Mondiale. Leurs auteurs avaient une même ambition : rétablir une certaine vérité au sujet de cette Résistance française communément traitée sous l’angle de l’héroïsme et/ou du martyr. Si Ophüls avait opté pour Clermont-Ferrand et ses environs, Causse et Taverne investissent le massif du Vercors, haut lieu de la Résistance.

L’entame du Franc-tireur est d’ailleurs entièrement constituée de prises de vues aériennes du plateau du Vercors. La voix off accompagnant ces premières séquences décrit cette « forteresse infranchissable » qui en cet été 1944 a vu sa population de maquisards décuplée suite au succès du débarquement des alliés en Normandie. Les Allemands décidés à en finir avec les maquisards bloquent les accès et se lancent à l’assaut de la « République du Vercors ».

Le regard porté par le duo de réalisateurs-scénaristes sur la Résistance française échappe à tout formatage. La « troupe » de maquisards suivie se compose de huit membres dont les motivations et les aspirations diffèrent grandement. Il y a parmi eux des maquisards de la dernière heure ou encore ceux « intégrés » dans ce groupe par effet de circonstance. C’est le cas notamment du protagoniste central interprété par Philippe Léotard qui est à créditer d’une interprétation extrêmement juste entre froideur et détachement. Son personnage, français lambda parmi bien d’autres, « est venu dans le Vercors attendre que la guerre se termine sans lui ». Au final, il aura « traversé cette histoire par hasard » et l’acteur français, décédé en 2001, n’aura donc pas assisté de son vivant à la présentation du film au public.

Ce groupe de « maquisards » forme aussi une radiographie de la population française d’alors par le seul statut dans le civil de chacun de ses membres. Il n’y a ainsi pas que des héros parmi eux ce qui place Le franc-tireur en marge des productions cinématographiques couramment proposées aux cinéphiles. Ici, le regard porté a vocation à restituer la réalité d’une époque trouble. La vérité baignant le film se révèle finalement salvatrice. Pourtant, on devine très tôt que tous les protagonistes ne s’échapperont pas sains et saufs de la chasse à l’homme meurtrière engagée par la partie occupante. Pire, les plus méritants ne sont pas à l’abri de figurer parmi les victimes.

En fin de métrage, la chanson écrite par Michel Jourdan et interprétée par Marcel Mouloudji viendra appuyer avec à-propos le parti narratif pris. Sur la forme, Causse et Taverne sont reconnus en tant que grands amateurs du cinéma américain et notamment de westerns. Le franc-tireur emprunte aux codes des westerns dans les grands espaces du massif du Vercors dont les reliefs accidentés sont utilisés avec justesse. Il en résulte ainsi un film de guerre très atypique. Un film en marge à l’image de l’occupant allemand peu présent dans le champ de la caméra.

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