Hit the road – Séparations

Hit the road est le premier film réalisé par Panah Panahi. Panahi est un patronyme connu des cinéphiles. Panah est en effet le fils de Jafar Panahi, cinéaste iranien, auteur d’une œuvre cinématographique internationalement reconnue. Une reconnaissance née notamment à travers les thèmes politiques abordés qui ont placé les longs-métrages réalisés sous « contrainte », sans être empêchés, de la censure pratiquée par le régime politique iranien. La filiation de sang est d’aussi d’ordre cinématographique à travers cette première réalisation. Mais les inspirations en matière de cinéma de Panah Panahi ne se limitent pas à la veine paternelle.

Iran, de nos jours. Une famille est en route vers une destination secrète. A l’arrière de la voiture, le père arbore un plâtre, mais s’est-il vraiment cassé la jambe ? La mère rit de tout mais ne se retient-elle pas de pleurer ? Leur petit garçon ne cesse de blaguer, de chanter et danser. Tous s’inquiètent du chien malade. Seul le grand frère reste silencieux.

La scène liminaire et pré-générique de Hit the road a été filmée en un plan-séquence. La caméra est logée dans l’habitacle d’une voiture arrêtée au bord de la route. Le mouvement observé par la caméra est précis, calculé et finit par dessiner un mouvement à 360 degrés. Ce panoramique permet aux spectateurs de découvrir l’environnement extérieur ainsi que tous les occupants du véhicule. Cette voiture prêtée embarque une famille au complet : un couple formé par Pantea Panahiha et Hasan Majuni et leurs deux enfants incarnés par Amin Simiar et Rayan Sarlak sans oublier leur chien placé dans le coffre du SUV.

L’habitacle de cette voiture sera le lieu principal de tournage. Durant tout le métrage, Panah Panahi alterne ses prises de vues entre scènes filmées depuis l’habitacle du véhicule et plans-séquences filmés en extérieur. Cette alternance se double ainsi de variations entre plans serrés mis en opposition avec des plans larges montrant toute la grandeur et la beauté des paysages iraniens.

Ainsi, au même titre que cette famille, le spectateur est embarqué dans un road-movie intimiste car familial. La voiture est conduite par le fils aîné sous les directions de son père handicapé par une jambe plâtrée. La destination et les motivations de l’itinérance engagée sont inconnues au départ puis très partiellement révélées au cours du périple au milieu de paysages iraniens magnifiques. Et, si les décors naturels et variés décorent les arrière-plans, c’est bel et bien un drame familial que la narration ténue de Hit the road trace alors que les kilomètres défilent.

Panahi prend un soin particulier à utiliser l’environnement extérieur comme caisse de résonnance à l’histoire familiale dont il est l’auteur. Il faut ici signaler le remarquable et méticuleux travail effectué sur la bande son. Ainsi, Hit the road est émaillé d’instants mêlant poésie et délicatesse. Telle cette nappe de brouillard s’échappant pour quasiment disparaître en temps réel comme si elle cherchait à suivre un protagoniste juché sur une moto s’éclipsant dans l’arrière-plan. Plus tard, au bord d’une rivière, le débit de l’eau semble soudain s’accélérer pour accompagner l’acmé de la conversation engagée entre le père et son fils aîné. Ou encore, la mère de famille à la recherche d’un second souffle. La météo du moment est à son écoute : un vent plus fort vient comme par magie caresser avec douceur la végétation environnante. Il y a aussi cette magnifique séquence montrant le père et son jeune fils étendus sur l’herbe. La caméra placée au-dessus d’eux observe un lent et long zoom-arrière. La nuit tombe progressivement et à chaque note jouée au piano du thème récurrent de Schubert apparaît une petite lumière dans l’herbe, telle une luciole. Ces luminescences ne tarderont pas à prendre le visuel des étoiles pour envoyer les deux personnages aux confins d’une grandiose voute céleste.

Une œuvre éminemment délicate, poétique et un brin nostalgique et surréaliste se niche en arrière-plan de Hit the road. Les rires, les chants, les pleurs ne cessent de se renvoyer la balle et parfois rentrent en collision notamment lors d’une ultime scène chantée durant laquelle le jeune fils gagnera en maturité par un artifice cinématographique. L’enfant volubile, extraverti et candide, en cela contrepoids parfait de son frère aîné, appartient désormais au passé. Au-delà des qualités visuelles et de réalisation du film, Panahi doit aussi être salué pour la qualité de sa direction d’acteurs. Les quatre acteurs incarnant la famille mise en images sont d’une grande justesse. Chacun se révèle à sa manière touchant aux moments opportuns. Tous les quatre ont reçu le prix « Best ensemble » du festival de Philadelphie en 2021.

De point de vue stylistique, les plans-séquences du film tournés dans l’habitacle de la voiture font indéniablement référence au cinéma de Jafar Panahi comme Taxi Téhéran (2015) ou Trois visages (2018) par exemple. Mais, si on analyse Hit the road en regard de ses plans réalisés en extérieur, c’est plutôt le cinéma de Nuri Bilge Ceylan qui semble invoqué. On note ainsi sur le plan visuel de nombreuses inspirations issues de Il était une fois en Anatolie (2011). En définitive, Panah Panahi s’inspire principalement de ces deux modèles ce qui, pour une première réalisation, relève d’un challenge plutôt relevé. Le résultat obtenu nous convainc d’inscrire Panahi dans la liste des jeunes cinéastes à suivre et dont nous attendons désormais avec impatience la prochaine réalisation. Un souhait porté aussi sur de prochain film de son père. Quatre ans après la sortie de Trois visages, la post-production de No bears semble toucher à sa fin.

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