Les fantômes de Goya – Fresque inquisitrice

Les fantômes de Goya est l’ultime film de Milos Forman ayant bénéficié d’une distribution à l’international en 2006 et 2007. Celle-ci fut cependant discrète, l’heure de gloire du cinéaste était passée au fil d’une filmographie à la qualité déclinante. Pourtant, ce long-métrage mérite d’être découvert notamment au regard de l’ambition narrative qui l’anime. Mais nous évoquons là une caractéristique souvent décelée dans les réalisations de l’auteur de Ragtime (1981, Naissance d’une nation chorale).

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Dark waters – Eaux troubles et dormantes

Sorti fin février, Dark waters a connu un beau succès en salle mais stoppé net par la mise en œuvre du confinement pour enrayer la crise sanitaire liée au covid-19. Post confinement, ce film de Todd Haynes réapparaît à l’affiche de nombreux cinéma. L’occasion nous est donc offerte de vous livrer notre chronique restée confinée sur ce long métrage relatant un autre scandale sanitaire mondial. Les eaux profondes du titre figurent la noirceur acquise d’une société dérégulée qui nous est ici racontée sur plus de deux décennies.

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The Irishman – De-aging bulls

The Irishman de Martin Scorsese ne bénéficie d’aucune distribution en salles en France car son auteur a trouvé à financer sa réalisation uniquement chez Netflix. Au pays de l’exception culturelle à la française, le réseau 2.0 de distribution d’œuvres cinématographiques est, jusqu’à nouvel ordre, considéré « incompatible » avec la version 1.0 estampillée « chronologie des médias » devenue anachronique. Nous avons donc visionné The Irishman depuis notre salon sans attendre la livraison d’un patch correctif qui tarde à arriver. En sortie de « projection », une question reste insondable. Comment un tel cinéaste réunissant un casting prestigieux pour animer un excellent scénario de Steven Zaillian, oscarisé en 1994 pour La liste de Schindler (1993, Steven Spielberg), n’a-t-il pu trouver un financement dans le réseau 1.0 des producteurs ?

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Adults in the room – (En)jeux de pouvoir

Dans Adults in the room, Costa-Gavras adapte au grand écran les mémoires de Yanis Varoufakis (Christos Loulis). L’éphémère ministre des finances grec les avait publiées en 2017 sous le titre Conversations entre adultes – Dans les coulisses secrètes de l’Europe. En cette qualité de ministre des finances, il fut chargé par la coalition antisystème Syriza emmenée par premier ministre grec, Alexis Tsipras (Alexandros Bourdoumis), de négocier en 2015 au niveau européen la fin de l’austérité imposée à la population grecque. Le récit décliné est une affaire de spécialistes et fait de Adults in the room un film de technocrates et de bureaucrates.

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Le traître – Honneur et trahison

Le traître concourait légitimement en mai dernier à obtenir la Palme d’or. Comme ses prédécesseurs, ce septième film de Marco Bellocchio présenté dans la sélection officielle du Festival de Cannes n’a apporté aucun prix à son auteur. Pareil constat nous interroge sur l’absence de récompense à destination de Pierfrancesco Favino, impeccable interprète de Tommaso Buscetta, personnage incontournable et omniprésent du film. Ainsi, malgré ses qualités indéniables, l’œuvre cinématographique de l’auteur de Vincere (2009) n’a été reconnue à Cannes qu’en 1980 par l’obtention d’un double prix d’interprétation à l’adresse d’Anouk Aimée et Michel Piccoli, duo principal du Saut dans le vide. Par sa monumentalité et son ampleur, la fresque déployée dans Le traître aurait dû venir épaissir cette bien maigre reconnaissance.

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N.B. #15 – Miracle en Alabama (1962, Arthur Penn)

Arthur Penn a fait trois adaptations du roman autobiographique d’Helen Keller, Sourde, muette et aveugle : l’histoire de ma vie. D’abord pour la télévision en 1957, puis au théâtre en 1959 et enfin pour le cinéma en 1962. Aujourd’hui, Miracle en Alabama réapparaît en version restaurée à l’affiche de nos cinémas. Ce film a valu à son duo central féminin composé d’Anne Bancroft et de Patty Duke, l’obtention respective de l’Oscar de la Meilleure actrice et de celui de la Meilleure actrice dans un second rôle.

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Cœurs cicatrisés – Affections béantes

Radu Jude ne figure pas parmi les plus connus des réalisateurs de la Nouvelle Vague du cinéma roumain. La couverture médiatique offerte aux réalisations de ses compatriotes Cristian Mungiu, Cristi Puiu ou encore Corneliu Poromboiu est bien plus large. Pourtant ce quadragénaire passé à la réalisation de longs-métrages depuis une dizaine d’années bâtit une œuvre cinématographique dont chaque élément paraît essentiel après visionnement. Cœurs cicatrisés réalisé en 2016 ne déroge pas à ce constat. Pourtant ce film n’a jamais été distribué en France par quelque moyen que ce soit (salles, DVD, Blu-ray, VOD) malgré l’obtention du Prix du jury lors de l’édition 2016 du festival de Locarno !

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Tous les matins du monde – L’art sans retour ni détour

Passionné de musique baroque, Alain Corneau réalise Tous les matins du monde en 1991. Ce film en costumes, baroque et austère, surprend de la part d’un cinéaste passé maître dans la réalisation de polars et en cela digne héritier de Jean-Pierre Melville. La surprise est même double quand on constate que le rôle principal est confié à Jean-Pierre Marielle utilisé ici dans un registre janséniste diamétralement opposé aux personnages hâbleurs et extravertis qui ont fait sa notoriété. Tous les matins du monde est le plus grand succès public de Corneau. Le même accueil favorable est constaté du côté des professionnels qui récompensèrent le cinéaste du Prix Louis-Delluc en 1991 et de sept Césars en 1992 dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film.

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Compañeros – Silence hurlant

A la lecture du synopsis de Compañeros, nous imaginons volontiers positionner le dernier film d’Alvaro Brechner entre L’aveu (1970) de Costa-Gavras et Midnight express (1978) d’Alan Parker. Telle est pleinement la place de ce film mémoriel si on fait abstraction des quelques touches humoristiques constatées. Le cinéaste uruguayen relate des faits réels cauchemardesques jusqu’à atteindre un quasi point de non-retour dans la psychologie de ses personnages. Brechner filme l’indicible abandon à l’arbitraire et à l’obscurantisme de trois Compañeros.

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Green book : sur les routes du sud – « Là où la géographie importe »

Délaissant les comédies à l’humour régressif commises avec son frère, Peter Farrelly s’emploie dans Green book à la mise en scène d’un scénario original relatant la complicité entre Don Shirley (1927-2013) et Tony Vallelonga (1930-2013). Dans l’Amérique encore ségrégationniste du début des années 1960, Green book est avant tout affaire de dualités entre deux hommes que tout opposait.

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