Couleurs de l’incendie – Ni incendiaire, ni brûlot

« Adaptation de Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre, suite de la saga initiée par Au revoir là-haut. » C’est ainsi que nous est présenté ce film et c’est, bien avant le nom du réalisateur, le principal élément d’accroche de la bande annonce de Couleurs de l’incendie. Une saga historique qui dans ce deuxième volume s’appuie sur des personnages autres que ceux de Au revoir là-haut. En 2017 dans Au revoir là-haut (Populaire et ambitieux), la mise en images des écrits de Pierre Lemaitre était signée Albert Dupontel. En 2022 dans Couleurs de l’incendie, Clovis Cornillac lui succède derrière mais aussi devant la caméra. La saga se poursuit donc sur grand écran à travers un casting renouvelé des deux côtés de la caméra. Finalement, seul Lemaitre demeure en tant que scénariste, adaptant au cinéma, ici et de nouveau, ses propres écrits.

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Le franc-tireur – Les hasards de la Résistance

Prod DB © Acacias / Le franc-tireur (1972) de Jean-Max Causse et Roger Taverne avec Philippe Léotard.
Titre de ressortie : Les hasards de la gloire

Le franc-tireur est l’unique film écrit et réalisé par Jean-Max Causse et Roger Taverne. Le premier nommé n’est autre que le fondateur avec Jean-Marie Rodon du réseau des cinémas Action, salles emblématiques de la cinéphilie parisienne à partir de 1966 et sur plusieurs décennies. Cet unique long-métrage réalisé en 1972 n’a depuis bénéficié que d’une distribution très tardive et confidentielle. Cinquante ans plus tard, ce constat à défaut d’être expliqué continue de surprendre. Un pan du cinéma-vérité français reste boudé par les distributeurs et les exploitants probablement à cause de sujets abordés jugés « sensibles » et à ne pas promouvoir. Le franc-tireur longtemps censuré puis placardisé est un film maudit sur une époque maudite. L’urgence est là : réhabiliter en urgence une œuvre injustement méconnue.

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Les fantômes de Goya – Fresque inquisitrice

Les fantômes de Goya est l’ultime film de Milos Forman ayant bénéficié d’une distribution à l’international en 2006 et 2007. Celle-ci fut cependant discrète, l’heure de gloire du cinéaste était passée au fil d’une filmographie à la qualité déclinante. Pourtant, ce long-métrage mérite d’être découvert notamment au regard de l’ambition narrative qui l’anime. Mais nous évoquons là une caractéristique souvent décelée dans les réalisations de l’auteur de Ragtime (1981, Naissance d’une nation chorale).

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Le jardin des Finzi-Contini – Mourir une première fois

Du beau et mortifère roman autobiographique Le jardin des Finzi-Contini (1962) de Giorgio Bassani, auteur et narrateur, Vittorio de Sica tire un film quasi éponyme. En effet, étrangement, le titre du film dans sa version originale (Il giardino dei Finzi Contini) perd le trait d’union porté par le patronyme composé de la famille visitée. Est-ce là une simple erreur de typographie ou une volonté de scinder la famille-titre pourtant unie en deux entités distinctes ? Est-ce prémonitoire à la chronique d’une mort annoncée ? Mystère. Des interrogations futiles peut-être face à un film réalisé en 1970 et qui remporta l’Ours d’or à Berlin en 1971 puis l’Oscar du meilleur film étranger en 1972.

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La Llorona – « Pas de paix sans justice »

La sortie en salle de La Llorona de Jayro Bustamante précède de quelques semaines celle d’un autre film guatémaltèque : Nuestras madres de Cesar Diaz. Outre leur nationalité, ces deux longs métrages partagent un même sujet mais traité sur un angle de vue diamétralement opposé. Là où Bustamante adopte le point de vue d’un général de l’armée et de sa famille, Diaz opte pour une perception à travers l’autre belligérant, la population indigène des mayas.

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Le déserteur – En réponse au Dictateur ?

Le déserteur est le quatrième film de Maxime Giroux dont les deux premières réalisations sont restées inédites en France. D’un point de vue chronologique, il fait ainsi suite au remarqué Félix et Meira (2014). D’un point de vue cinématographique et narratif, la filiation disparaît totalement au regard de la proposition radicale qui anime Le déserteur. Le parti pris du cinéaste québécois a valu à son film une faible distribution en salles malgré la réunion d’un beau casting composé, entre autres, de Romain Duris, Reda Kateb et Soko.

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Chernobyl – Cœur explosif et invisible irradiant

Chernobyl est une excellente mini-série diffusée par OCS et plusieurs services de VOD. Le cinéaste suédois Johan Renck met en images en cinq épisodes cumulant cinq heures et demi de visionnement un récit implacable de Craig Mazin. Cette fiction sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl animée d’un souci constant du détail bénéficie d’une précision quasi documentaire. Il émane de ce récit-catastrophe en forme de chronique glaçante un effet de réel saisissant, captivant, fascinant.

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Tous les matins du monde – L’art sans retour ni détour

Passionné de musique baroque, Alain Corneau réalise Tous les matins du monde en 1991. Ce film en costumes, baroque et austère, surprend de la part d’un cinéaste passé maître dans la réalisation de polars et en cela digne héritier de Jean-Pierre Melville. La surprise est même double quand on constate que le rôle principal est confié à Jean-Pierre Marielle utilisé ici dans un registre janséniste diamétralement opposé aux personnages hâbleurs et extravertis qui ont fait sa notoriété. Tous les matins du monde est le plus grand succès public de Corneau. Le même accueil favorable est constaté du côté des professionnels qui récompensèrent le cinéaste du Prix Louis-Delluc en 1991 et de sept Césars en 1992 dont ceux du meilleur réalisateur et du meilleur film.

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Compañeros – Silence hurlant

A la lecture du synopsis de Compañeros, nous imaginons volontiers positionner le dernier film d’Alvaro Brechner entre L’aveu (1970) de Costa-Gavras et Midnight express (1978) d’Alan Parker. Telle est pleinement la place de ce film mémoriel si on fait abstraction des quelques touches humoristiques constatées. Le cinéaste uruguayen relate des faits réels cauchemardesques jusqu’à atteindre un quasi point de non-retour dans la psychologie de ses personnages. Brechner filme l’indicible abandon à l’arbitraire et à l’obscurantisme de trois Compañeros.

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