Quién te cantará – Tout feu tout flamme ?

Nous retrouvons dans Quién te cantará nombre d’attributs ayant participé au succès du précédent film de Carlos Vermut, La niña de fuego (2014, Conte ibérique) qui avait placé son auteur parmi ceux dont nous attendions la prochaine réalisation. Les liens tant formels que narratifs entre les deux films sont nombreux mais ne font pas de Quién te cantará une simple variation de son aîné. Le cinéaste livre bel et bien un film marqué d’une identité propre très focalisée sur les rapports et dépendances entre les protagonistes jusqu’à la fascination.

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La femme la plus assassinée du monde – Au théâtre de l’étrange

La femme la plus assassinée du monde est le premier film de fiction réalisé par le distributeur et producteur Franck Ribière. Ce film de genre en langue française noue quelques liens narratifs et formels avec le cinéma d’Álex de la Iglesia dont Ribière est l’un des producteurs attitrés : Balada triste (2010), Un jour de chance (2011), Les sorcières de Zugarramurdi (2013). Ces quelques titres permettent de circonscrire l’univers macabre de La femme la plus assassinée du monde qui donne à voir sur Netflix le théâtre du Grand-Guignol sous toutes ses… sutures.

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Burning – Au brasier des délices

Après projection, Burning hante l’esprit du spectateur. D’abord, par son récit mystérieux et savamment elliptique qui laisse libre cours à plusieurs niveaux de lecture et, pour les spectateurs les moins attentifs, de compréhension… Ensuite, par la recherche d’une éventuelle faille dans le scénario que Chang-dong Lee met en images. Une quête vaine car cet écrivain, aujourd’hui réalisateur et scénariste, noue son intrigue avec rigueur et délicatesse. A une époque où l’écriture scénaristique est souvent galvaudée, Burning redonne espoir en ce que le cinéma aurait dû rester : un vecteur inaliénable de transmission de récits d’un narrateur à son auditoire et de partage des mêmes émotions entre les deux parties.

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Everybody knows – En terrains connus de tous

Asghar Farhadi est l’auteur de récits remarquablement ancrés dans le contexte social et politique de son pays. En 2013, le cinéaste iranien avait réalisé Le passé. Cette première tentative d’exporter son cinéma nous avait moyennement convaincu. Le passé n’avait pas la force des œuvres précédentes du cinéaste. Celui-ci n’était pas parvenu, à nos yeux, à redresser la barre dans sa réalisation suivante en Iran, Le client (2016, Crime, châtiment et esquives), pourtant animée par des acteurs locaux. Avec Everybody knows, Farhadi réitère l’expérience de Le passé mais cette fois-ci en langue et terres espagnoles.

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No dormirás – Sens en éveil

Comme dans The silent house (2010), Gustavo Hernández inspire le récit fictionnel de No dormirás de faits réels. Une première filiation qui en appelle d’autres puisque ces deux films, outre d’appartenir au même genre cinématographique (film d’horreur), voient leur déroulement ancré dans le passé. Mais il faut souligner que No dormirás emprunte plus généreusement que son aîné aux codes du thriller. Ainsi, cette caractéristique anime le dernier opus du cinéaste uruguayen d’une plus grande ambition visible en salle dès ce 16 mai.

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The third murder – Metteur en scène au parloir

Depuis le formidable Nobody knows sorti en salle en 2004, Hirokazu Kore-eda n’a cessé de livrer des drames familiaux à la qualité déclinante et bâtis sur des thématiques ressassant des réflexions sur les liens du sang. Ainsi, au fil des années, le cinéaste japonais a réalisé une œuvre cinématographique maîtrisée, limpide et bien rangée. Autant de qualités devant lesquelles nous pourrions placer l’adverbe « trop ». En l’absence de prise de risque et de renouvellement des thèmes abordés, les films de Kore-eda sont devenus prévisibles. En conséquence, notre sentiment de déjà-vu n’a cessé d’augmenter et notre intérêt de diminuer.

Présenté lors de la Mostra de Venise 2017, The third murder était, il y a quelques semaines, en compétition à Beaune dans le cadre de la dixième édition du Festival international du Film Policier ! Ce long-métrage semble donc matérialiser le changement de registre tant attendu et donc un possible regain d’intérêt.

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À l’heure des souvenirs – Des mots aux maux

Dans la filmographie de Ritesh Batra, À l’heure des souvenirs précède Nos âmes la nuit (2017), film décevant produit et distribué par Netflix. De par ses qualités, son propos et son mode de distribution, À l’heure des souvenirs est à rapprocher de The lunchbox (2013). Ces deux films doux-amers font en effet une relecture d’un passé en suivant les lignes d’un temps qui érode les sentiments. Dans le film qui nous intéresse ici, les souvenirs s’effacent ou se déforment mais les écrits restent. Le récit original astucieusement déconstruit exige cependant toute l’attention des spectateurs.

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Les portes de la nuit – Au seuil du réalisme poétique

Marcel Carné à la réalisation, Jacques Prévert au scénario, Joseph Kosma à la musique, Alexandre Tauner aux décors, Philippe Agostini à la photographie et une belle distribution de seconds rôles, tel peut être le résumé de la fiche signalétique des Portes de la nuit. Tourné en 1946 et abordant avec noirceur et pessimisme des thèmes encore trop actuels, ce film fut incompris et rejeté par la critique lors de sa sortie en salle. Il aurait été un succès s’il avait été réalisé quelques années plus tard et mérite d’être redécouvert.

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Le corbeau – Oiseau de mauvais augure ? (2/2)

Le 4 septembre 1944, après la libération de Paris, le Comité de Libération du Cinéma censure trois films, Le corbeau, La vie de plaisir (1944) et Les inconnus dans la maison (1942). Leurs auteurs respectifs – Henri-Georges Clouzot, Albert Valentin, Henri Decoin – et cinq autres cinéastes se voient infliger une interdiction à vie de tourner des films. La sanction reste cependant révisable tous les six mois. Si Paris est libéré, Clouzot reste brisé dans son élan créatif.

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