Boîte noire – Triptyque à l’affiche

Le scénario de Boîte noire démarre sur une catastrophe aérienne fictionnelle mais Yann Gozlan livre bel et bien un film-enquête délaissant le spectaculaire au profit d’ambitions lorgnant vers le cinéma d’auteur. Boîte noire dont le réalisateur est aussi le scénariste à l’image des précédentes réalisations de Gozlan (deux courts-métrages puis quatre longs-métrages depuis 2004) reconstitue aussi le duo formé en 2015 dans Un homme idéal entre le cinéaste et l’acteur Pierre Niney qui endosse de nouveau le rôle principal.

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Du rififi chez les hommes – Sans mot dire

A la fin des années 1940 et de l’autre côté de l’Atlantique, Jules Dassin placé sur la « liste noire » par les promoteurs du maccarthysme sur dénonciation d’Edward Dmytryk fut poussé à l’exil. Le cinéaste américain partit s’installer à Londres et réalisa en 1950 un remarquable et remarqué film noir : Les forbans de la nuit (Cavale labyrinthique nocturne). Après cinq ans de silence, alors installé en France, il réalisa Du rififi chez les hommes. Ce film plus méconnu que son prédécesseur n’en partage pas moins de nombreuses qualités.

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Interlude #7 – Suspense (Phillips Smalley et Lois Weber)

Pionnière du 7ème art à Hollywood, Lois Weber réalisa Suspense avec son époux Phillips Smalley en 1913. Malgré sa durée limitée à une dizaine de minutes, ce court-métrage est animé d’une mise en scène particulièrement novatrice. Alors que le récit était adapté d’une pièce de théâtre, le duo de réalisateur prit à contrepied tous les codes du théâtre filmé. Par les qualités techniques qu’il recèle, Suspense constitue un court-métrage jalon de l’histoire du cinéma.

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Paris nous appartient – Au sommaire des Cahiers du cinéma

Paris nous appartient est le premier long-métrage réalisé par Jacques Rivette. Le cinéaste, un des tenants de la Nouvelle Vague, livre en 1961 un film reconnu comme emblème de ce mouvement du cinéma français porteur d’un courant nouveau. Pourtant, peu précurseur sur le fond comme sur la forme, Paris nous appartient semble recéler une part emblématique pour le moins limitée.

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5 est le numéro parfait – Du 9ème au 7ème art

De sa bande dessinée 5 est le numéro parfait publiée en 2002, Igor Tuveri maintient le titre, adapte le scénario pour le grand écran et assure la réalisation de ce qui constitue à ce jour son premier film. Le primo-réalisateur opte ostensiblement pour un parti-pris. Il porte en effet son attention entièrement sur la forme et délaisse un fond qui se révèle finalement convenu.

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Ne vous retournez pas – Oublier… coûte que coûte ?

Nicolas Roeg réalise Ne vous retournez pas en 1973. Le cinéaste anglais alors quarantenaire n’en est qu’au début de sa carrière de metteur en scène alors qu’il fit ses armes dans le 7ème art durant la décennie précédente en tant que directeur de la photographie. Dans sa filmographie, Ne vous retournez pas s’intercale entre deux films emblématiques : Walkabout (1971) et Bad timing / Enquête sur une passion (1980). Ces trois films certes très distincts n’en partagent pas moins une filiation certaine.

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Madre – Errance et abandon

En 2017, Rodrigo Sorogoyen avait écrit et réalisé un excellent court métrage titré Madre. Ce court métrage d’une durée excédant à peine un quart d’heure avait été lauréat en 2018 du Goya du meilleur court métrage de fiction avant d’être nommé l’année suivante dans la même catégorie des oscars. Deux ans plus tard, de cette réalisation à succès, Sorogoyen conserve le titre et imagine une suite au long cours (deux heures). D’un point de vue cinématographique, Madre est bien une suite et non un prolongement de son aîné.

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La Llorona – « Pas de paix sans justice »

La sortie en salle de La Llorona de Jayro Bustamante précède de quelques semaines celle d’un autre film guatémaltèque : Nuestras madres de Cesar Diaz. Outre leur nationalité, ces deux longs métrages partagent un même sujet mais traité sur un angle de vue diamétralement opposé. Là où Bustamante adopte le point de vue d’un général de l’armée et de sa famille, Diaz opte pour une perception à travers l’autre belligérant, la population indigène des mayas.

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Seules les bêtes – Puzzle narratif

Révélé en 2000 par Harry, un ami qui vous veut du bien, Dominik Moll a depuis réalisé des longs métrages et des séries de qualité variable sans qu’aucune de ces réalisations n’atteignent la qualité de son opus de 2000. Son nouveau film, Seules les bêtes, est indéniablement plus abouti que ses prédécesseurs sans pour autant atteindre la qualité de Harry, un ami qui vous veut du bien à cause, peut-être, d’une durée ramenée aux deux heures « contractuelles ». Le plus grand attrait de Seules les bêtes réside dans sa construction très maîtrisée autour d’une narration dont les segments successifs sont articulés autour d’un personnage central propre à chaque chapitre.

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Bacurau – Futur antérieur

Après avoir réalisé deux films dont le centre de gravité géographique était la ville de Recife – Les bruits de Recife (2012) et Aquarius (2016, La mémoire au féminin), Kleber Mendonça Filho exporte pour la première fois son tournage et son récit hors de sa ville natale. Ici, le village d’accueil du récit est celui éponyme au titre du film. Comme dans ces deux précédentes réalisations, le motif développé réside dans la sauvegarde d’un territoire de vie par ses autochtones. Dans la cartographie dressée, Mendonça Filho et Juliano Dornelles manipulent et agencent de nombreux genres cinématographiques pour livrer une allégorie politique. Présenté à Cannes, Bacurau a obtenu le Prix du jury ex-æquo avec le beaucoup plus caricatural Les misérables de Ladj Ly, concurrent français à l’Oscar 2020 du meilleur film étranger…

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