Les œillades 2019


Revenir (2020, Jessica Palud)

Avec Niels Schneider, Adèle Exarchopoulos, Patrick d’Assumçao, Hélène Vincent.

Thomas a fui la ferme familiale il y a douze ans. Mais aujourd’hui, son frère est parti et il y a Alex, son neveu de six ans, et Mona, sa mère incandescente.

Notre avis (2.5/5) : Modestie étriquée


La dernière vie de Simon (2019, Léo Karmann)

Avec Benjamin Voisin, Martin Karmann, Camille Claris, Julie-Anne Roth

Simon, 8 ans, orphelin, ne rêve que de trouver une famille. Or Simon a un pouvoir secret : il peut prendre l’apparence de toute personne qu’il a déjà touchée…

Notre avis (3.5/5) : Retour vers le passE.T.


Alice et le maire (2019, Nicolas Pariser)

Avec Anaïs Demoustier, Fabrice Luchini, Nora Hamzawi, Antoine Reinartz

Le maire de Lyon va mal. On lui adjoint une jeune philosophe. Un dialogue se noue qui ébranle leurs certitudes.

Notre avis (3/5) : Politique-fiction


La fille au bracelet (2020, Stéphane Demoustier)

Avec Mélissa Guers, Chiara Mastroianni, Roschdy Zem, Anaïs Demoustier.

Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d’avoir son bac. Mais depuis deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d’avoir assassiné sa meilleure amie.

Notre avis (3/5) : Beau rôle à la défense


Seules les bêtes (2019, Dominik Moll)

Avec Laure Calamy, Denis Ménochet, Valeria Bruni Tedeschi, Damien Bonnard

Une femme disparaît. Cinq personnes se savent liées à cette disparition, mais personne ne se doute que cette histoire a commencé bien loin de là, sur un autre continent…

Notre avis (4/5) : Puzzle narratif


Adults in the room (2019, Costa-Gavras)

Avec Alexandros Bourdoumis, Christos Loulis, Ulrich Tukur, Daan Schuurmans

Après 7 années de crise la Grèce est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont se heurter à toutes les pressions pour les diviser. Une tragédie grecque des temps modernes.

Notre avis (3/5) : (En)jeux de pouvoir


Gloria Mundi (2019, Robert Guédiguian)

Avec Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier

Daniel, incarcéré depuis de longues années, sort de prison et retourne à Marseille. Il vient d’être grand-père mais le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie… Un coup du sort va pousser Daniel à tout tenter pour aider les siens.

Notre avis (2.5/5) : Ainsi passe la vie


Papicha (2019, Mounia Meddour)

Avec Lyna Khoudri, Shirine Boutella, Amira Hilda Douaouda, Zahra Doumandji

Alger, années 90. Nedjma, étudiante, veut devenir styliste. Dans une situation politique difficile, elle va se battre pour son projet et sa liberté.

Notre avis (3/5) : Le récit féminin et féministe avancé par Mounia Meddour dans Papicha n’est pas sans nous rappeler celui de Deniz Gamze Ergüven dans Mustang, candidat français à l’Oscar 2016 du meilleur film en langue étrangère. D’ailleurs, Papicha concourra sous la bannière algérienne au même trophée en 2020. Ce choix surprend car ce film coproduit en Algérie est toujours interdit de distribution dans les salles algériennes par les autorités du pays, sans que cette « censure » n’ait été à ce jour justifiée et motivée.

Meddour campe son histoire dans une Alger du début de la « décennie noire » durant laquelle l’oppression sur les femmes algériennes se fit de plus en plus forte (port de l’hijab). L’histoire en question est celle de l’émancipation de quelques adolescentes menées par Nedjma (Lyna Khoudri) mue par son désir d’organiser un défilé de mode qui lui permettrait de présenter les robes qu’elle dessine et réalise. Pour ce faire, la réalisatrice s’attache à filmer les textures, les visages, les corps souvent en gros plan (pour figurer l’oppression ?) et en caméra portée. Le montage syncopé de Papicha et les mouvements de la caméra rendent parfois certaines séquences peu lisibles.

Les faits relatés dans le film sont inspirés d’événements réels tel que nous l’indique un insert en début de film. Dans les faits, Meddour procède à un mélange entre actes réels et actes fictionnels. C’est peut-être là la principale faiblesse de Papicha puisque la part fictionnelle du film concerne les actes les plus dramatiques et radicaux. Dès lors, en sortie de projection, le spectateur pourrait avoir le sentiment que la réalisatrice-scénariste noircit à mauvais escient un tableau déjà peu reluisant d’une Algérie qui vivait alors sa période la plus noire depuis la guerre d’Algérie.

Enfin, conjugué au masculin, Papicha n’offre aucun rôle positif aux quelques hommes mis en scène. Le film se montre donc clivant, parfois manichéen, et requiert de la part des spectateurs une grille de lecture adaptée.


Roubaix, une lumière (2019, Arnaud Desplechin)

Avec Roschdy Zem, Léa eydoux, Sara Forestier et Antoine Reinartz

Commissariat de Roubaix. Daoud et Coterelle font face à un sordide fait divers où deux jeunes femmes semblent impliquées.

Notre avis (3/5) : Au commissariat central


Tambour battant (2019, François-Christophe Marzal)

Avec Pierre Mifsud, Pascal Demolon, Sabine Timoteo, Jean-Luc Bideau

Un village suisse, connaît une agitation inhabituelle. Estce à cause de la votation pour accorder le droit de vote aux femmes ? Ou du prochain référendum sur le renvoi des travailleurs étrangers ? Non, pire : la fanfare du village a implosé !

Notre avis (3.5/5) : François-Christophe Marzal pose l’action de Tambour battant dans le canton du Valais en Suisse en 1970. Les femmes sont alors en lutte pour obtenir le droit de vote. Dans cette grande histoire, le réalisateur insère une petite histoire locale à la petite bourgade de « Monchoux ». Deux fanfares s’y opposent sur fond de convictions politiques divergentes. Un fait commun à de nombreuses communes de plus de 1000 habitants dans la Suisse des années 1970.

Au-delà d’opinions différentes entre les deux parties, la dualité politique est reflétée sur le plan musical. Au Bellaciao des uns répondent les partitions plus martiales des autres. D’un côté, l’approche est celle d’une gauche libertaire et révolutionnaire, de l’autre, le penchant adopté se révèle bien plus conservateur et même parfois rétrograde. Une querelle de fanfare et non de clocher que Marzal dit inspirée de Don Camillo.

Rondement mené, Tambour battant porte bien son titre. La direction d’acteurs permet une belle orchestration d’une troupe de comédiens dont l’entente transparaît à l’écran. Il y a là un effet troupe tout à fait réjouissant. La qualité du film vient aussi d’une écriture précise et sans vulgarité. La comédie composée véhicule notamment des propos parfaitement contemporains si on exclut le pan relatif au droit de vote pour les femmes. La farce mise en images aborde ainsi de façon intelligente le vivre ensemble et l’acceptation des étrangers.


Histoire d’un regard (2019, Mariana Otero)

Gilles Caron, 30 ans, au sommet de sa carrière de photojournaliste, disparaît brutalement au Cambodge en 1970. A partir de ses photographies, la réalisatrice lui redonne une présence et raconte l’histoire de son regard si singulier.

Notre avis (3.5/5) : Dans Histoire d’un regard, Mariana Otero trace un parallèle entre sa mère artiste-peintre, Clotide Vautier, et le photographe et reporter de guerre, Gilles Caron. Tous deux nés en 1939 sont décédés jeunes, respectivement en 1968 et 1970. Deux trajectoires éphémères pour deux artistes partis trop tôt.

La réalisatrice retrace la carrière de Gilles Caron à travers les milliers de bobines produites durant la deuxième moitié des années 1960. Les événements de mai 1968 bien sûr, mais aussi ceux du Vietnam, de Jérusalem, du Biafra permettent de retracer le parcours du photographe à la carrière aussi brève que marquante jusqu’à sa disparition en 1970 alors qu’il couvrait les troubles du Cambodge.

Les bobines numérotées par ordre chronologique forment un vaste témoignage people et politique de l’époque. Cet ordre chronologique n’est pas celui que suit Otero. Elle démarre ainsi Histoire d’un regard par les célèbres clichés pris par Caron montrant Daniel Cohn Bendit encadré par des policiers lors des manifestations de mai 1968. La réalisatrice s’aventure alors à inverser les deux bobines concernées pour en faire un commentaire en voix off. D’autres bobines seront ainsi commentées quand aucun enregistrement audio du reporter n’est disponible.

Et puis, il y a ces photographies terribles montrant une violence crue ou ses conséquences. Un homme, une femme ou un enfant hante plein cadre tel ou tel cliché. Derrière l’individu photographié, l’humanité a irrémédiablement disparu. Aucun mot ne peut traduire la consultation de ces clichés, la voix off de la réalisatrice s’éclipse pour laisser l’entière place à l’horreur faite image.


Entre deux trains / Long time no see (2020, Pierre Filmon)

Avec Laëtitia Eïdo, Pierre Rochefort, Ronald Guttman, Estéban

Marion et Grégoire se sont aimés il y a 9 ans. Ils se croisent par hasard entre deux trains et ont 90 minutes pour faire le point sur leur vie, leurs regrets, leurs souvenirs.

Notre avis (2.5/5) : Entre deux trains est le premier long-métrage de fiction de Pierre Filmon dont la précédente réalisation est le documentaire Close encounters with Vilmos Zsigmond. C’est d’ailleurs au célèbre chef opérateur hongrois décédé en 2016 qu’est dédié Entre deux trains. Dans une certaine mesure, cette dédicace inscrite à l’écran dès le début du film est peut-être un moyen d’inviter le spectateur à adopter un point de vue technique sur la projection qu’il s’apprête à suivre.

Entre deux trains relève d’un double pari. Il y a d’abord un pari narratif fait par le réalisateur-scénariste. Très écrit, le récit repose presque entièrement sur les dialogues échangés entre les deux protagonistes principaux incarnés par Laëtitia Eïdo et Pierre Rochefort. Deux personnages réellement centraux car la caméra suit leur déambulation parisienne depuis la gare d’Austerlitz et ses environs. Ici, intervient le deuxième pari dont relève le film.

Pour cette première réalisation de fiction, Filmon opte pour un filmage en plans séquences réalisés dans des lieux publics où se confondent acteurs, figurants et passants. Les spectateurs avisés s’attendent à ressentir deux sensations de ce type de procédé : celle de l’illusion d’un filmage des scènes sur le vif et celle d’un tournage en temps réel. Sur ces deux plans, Entre deux trains répond globalement aux espérances. L’espoir peut désormais être placé côté distributeurs français de sorte que Entre deux trains bénéficie d’une sortie en salles prochaine.


L’esprit de famille (2019, Eric Besnard)

Avec Josiane Balasko, François Berléand, Guillaume De Tonquédec, Isabelle Carré

Alexandre s’embrouille une nouvelle fois avec son père Jacques… qui vient de décéder. Mais son esprit, est bien là, à râler à ses côtés. Et comme Alexandre est le seul à le voir, son entourage commence à s’inquiéter.

Notre avis (2.5/5) : Dans L’esprit de famille, Éric Besnard part d’un postulat intéressant. Alexandre (Guillaume de Tonquédec) est l’unique membre de la famille mise en scène à entendre et voir son père (François Berléand) récemment décédé. Une communication post mortem est donc possible entre le père et le fils. Cette divine possibilité est ici purement fictionnelle puisque le cinéaste-scénariste ne s’engagera pas dans la moindre explication de ce phénomène.

Mais, après la mise en place de ce postulat, le film tourne rapidement en rond. Besnard ne parvient pas à donner du relief à son scénario. La faible caractérisation et évolution psychologique des personnages et le manque de consistance dans l’écriture font glisser L’esprit de famille vers une voie sans issue. Le réalisateur-scénariste tente de combler les béances de son scénario par la mise en scène de personnages secondaires qui ne se révèlent finalement que purement accessoires. L’intronisation tardive du personnage interprété par Isabelle Carré sert d’ultime bouée de secours, en vain.


Talking about trees (2019, Suhaib Gasmelbari)

Quatre cinéastes facétieux et idéalistes sillonnent les routes du Soudan pour projeter des films en évitant la censure du pouvoir. Ils rêvent d’organiser une grande projection publique dans la capitale Khartoum et de rénover une salle de cinéma à l’abandon.

Notre avis (3.5/5) : Sudan unchained