Le silence – Persona(e), non grata

Ultime opus du triptyque sur « l’absence de Dieu » composé par Ingmar Bergman après A travers le miroir (1961, Reflets intimes) et Les communiants (1963, En manque de (re)pères), Le silence (1963) est sans nul doute l’un des films les plus fascinants du cinéaste suédois. C’est l’histoire d’un exil mais aussi celle d’un univers mental, abstrait par définition, qui n’est pas sans annoncer Persona réalisé trois ans plus tard, tant sur le fond que sur la forme.

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Interlude #7 – Suspense (Phillips Smalley et Lois Weber)

Pionnière du 7ème art à Hollywood, Lois Weber réalisa Suspense avec son époux Phillips Smalley en 1913. Malgré sa durée limitée à une dizaine de minutes, ce court-métrage est animé d’une mise en scène particulièrement novatrice. Alors que le récit était adapté d’une pièce de théâtre, le duo de réalisateur prit à contrepied tous les codes du théâtre filmé. Par les qualités techniques qu’il recèle, Suspense constitue un court-métrage jalon de l’histoire du cinéma.

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Deburau – En vers, en verve

Auteur de la pièce de théâtre Deburau, Sacha Guitry en tint le rôle-titre au théâtre du Vaudeville en 1918 puis reprit sur les planches cette même pièce au théâtre du Gymnase au mitan du siècle dernier. C’est lors de cette reprise que vint à l’homme de théâtre devenu aussi metteur en scène au cinéma d’adapter sa propre pièce au grand écran. La formule à double succès du théâtre est reprise pour le 7ème art, Guitry y endosse ainsi à nouveau le rôle-titre, celui de Jean-Gaspard Deburau (1796-1846), mime… ici très loquace.

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Hotel by the river – Bris et conte glacés

Bien que présenté lors de l’édition 2018 du festival de Locarno, Hotel by the river n’a bénéficié que d’une sortie tardive en salles, plus de deux ans après sa réalisation. Etrange constat pour son auteur, Hong Sang-soo, qui jouit pourtant d’une renommée certaine à l’international et tout particulièrement en France. Si la forme est coutumière au cinéaste sud-coréen, le fond et sa teneur sont plus surprenants. Non, Hotel by the river n’est pas une énième variation des précédentes réalisations de son auteur.

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Paris nous appartient – Au sommaire des Cahiers du cinéma

Paris nous appartient est le premier long-métrage réalisé par Jacques Rivette. Le cinéaste, un des tenants de la Nouvelle Vague, livre en 1961 un film reconnu comme emblème de ce mouvement du cinéma français porteur d’un courant nouveau. Pourtant, peu précurseur sur le fond comme sur la forme, Paris nous appartient semble recéler une part emblématique pour le moins limitée.

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Gardiens de phare – En éclaireur du 7ème art

Réalisé en 1929 au crépuscule de l’ère du cinéma muet, Gardiens de phare fut un temps perdu avant qu’une copie du film ne soit retrouvée en 1954 au Danemark. Pour reprendre la formule de Jean Grémillon, son auteur, Gardiens de phare était « perdu en mer ». Puis, longtemps, ce long-métrage n’a été visible que dans une mauvaise copie avant de bénéficier récemment d’une restauration salvatrice. Gardiens de phare est un chef-d’œuvre méconnu pour les raisons citées ci-dessus mais aussi parce qu’il a été réalisé par un cinéaste qui n’a jamais été réhabilité. Pourtant, l’auteur de Remorques (1941) fait partie, dans le sillon tracé par la première avant-garde, des figures importantes du cinéma français.

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La particule humaine – Faire style fertile

Nous connaissons peu l’œuvre cinématographique de Semih Kaplanoglu. Ce cinéaste turc a pourtant été lauréat de l’Ours d’or 2010 pour Miel dont nous venons de rendre compte dans nos colonnes (Douceur visuelle). Sept ans plus tard, Kaplanoglu nous amène sur des sentiers bien différents avec La particule humaine. Difficile en effet d’établir une filiation certaine entre cette dernière réalisation en date et Miel, si ce n’est une appétence certaine à calibrer avec soins les compositions visuelles imaginées.

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N.B. #25 – Miel (2010, Semih Kaplanoglu)

Lauréat de l’Ours d’or décerné lors de l’édition 2010 de la Berlinale, Miel du cinéaste turc Semih Kaplanoglu s’adresse à tous les publics. De 7 à 77 ans, tout le monde peut trouver intérêt à visionner ce film qui s’inscrit bien dans la veine du cinéma turc actuel et notamment dans le sillon tracé par Nuri Bilge Ceylan auteur récemment du Poirier sauvage (2018, Racines domestiques). Cependant, aux héros adultes de ce dernier, Kaplanoglu préfère la mise en scène d’un jeune protagoniste.

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N.B. #24 – Le papillon meurtri (1919, Maurice Tourneur)

Parmi les réalisations américaines de Maurice Tourneur figure Le papillon meurtri. Ce film, plus exactement, ce moyen-métrage (durée inférieure à une heure) a contribué en 1919 à renforcer outre-Atlantique la notoriété du cinéaste français. En effet, le magazine Photoplay plaçait déjà en 1918 dans son classement des meilleurs cinéastes mondiaux Tourneur au pied d’un podium dont les marches étaient alors occupées par D. W. Griffith, Thomas H. Ince et Cecil B. DeMille. En 1919, Tourneur s’était déjà imposé parmi les cinéastes qui comptent.

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L’incinérateur de cadavres – Au-delà

Nul doute, en tournant L’incinérateur de cadavres (1968), Juraj Herz a réalisé un des films les plus audacieux et marquants de la Nouvelle Vague du cinéma tchécoslovaque. Produit sous une dictature (tournage interrompu par l’arrivée des chars en Tchécoslovaquie, montage technique réalisé en secret), le film longtemps censuré relate l’insidieuse folie de son protagoniste principal peu à peu happé par l’idéologie nazi. Pour aborder ce sujet rude à travers la trajectoire de cet homme, Herz fait démonstration d’une grande inventivité et aisance dans la mise en scène adoptée.

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