Lumière 2022 (Tim Burton)

Affiche Lumière 2022

Sections de la 14ème édition du Festival Lumière couvertes sur cette page  :

  • Louis Malle, le solitaire du cinéma français
  • Sidney Lumet, le prince de New York
  • André de Toth, les films hongrois Sublimes moments du muet
  • Grands classiques du noir et blanc
  • Souvenirs de Bertrand Tavernier
  • Lumière Classics
  • Trésors et curiosités

Louis Malle

Le solitaire du cinéma français

La petite / Pretty baby (1978, Louis Malle)

Petite (La)

1917, à La Nouvelle Orléans, dans un des bordels du quartier chaud de Storyville. Violet (Brooke Shields), 12 ans, assiste à l’accouchement de Hattie (Susan Sarandon), sa mère. Arrive un jour Bellocq (Keith Carradine), un jeune photographe, qui arrache à la patronne l’autorisation de venir tous les jours photographier ses sujets favoris : les prostituées. Bientôt, il se lie d’amitié avec Violet, qui va bientôt en devenir une à son tour.

Notre avis (3.5/5) : La petite (1978), premier film de la période américaine de Louis Malle, reste encore aujourd’hui un film rare. Une rareté qui n’a d’égal que le caractère controversé de ce long-métrage. Faut-il voir en ce constat une relation de cause à effet ? Possible. Du livre Storyville, New Orleans d’Al Rose, panorama historique du Quartier Rouge de 1880 à 1917, le cinéaste français tire parmi les interviews proposées des témoins de cette époque celui de Violet. Alors âgée de douze ans (l’âge de son interprète à l’écran : Brooke Shields), Violet apprend dans la maison close où elle réside le métier de prostituée.

Malle aborde ainsi des sujets tabous et scabreux – pédophilie et prostitution enfantine – particulièrement délicats à exploiter. Tout écart de traitement d’un sujet qui s’y prête volontiers pourrait faire glisser le film vers le graveleux et la vulgarité. Le développement mis en œuvre est précis et délicat, souvent en limite du raisonnable (et au-delà du concevable aujourd’hui dans le 7ème art : nudité de la jeune actrice), mais jamais les limites à ne pas dépasser ne sont violées.

La petite s’expose (à la critique) dans de larges mesures au même titre que ses actrices mais évite la surexposition. Le cinéaste se positionne ni en juge ni en procureur. Il déroule longuement son exposé pour n’introduire finalement que (très) tardivement les contre-points alors qualifiés de « puritains ». Ainsi, dans son ultime partie précédée d’un épilogue qui fera disparaître la sphère patiemment constituée, La petite échappe in extremis à l’œuvre-thèse sans contradiction. Pour autant, cela ne dépare pas ce long-métrage d’une certaine ambiguïté renforcée par le fait que Malle filme avec complaisance une maison close présentée comme une nurserie ou un cocon familial somptueusement mis en photographie par Sven Nykvist, chef opérateur notamment de Ingmar Bergman.

Vanya, 42e rue / Vanya on 42nd street (1994, Louis Malle)

Vanya, 42e rue

New York, 42e rue, le New York Amsterdam Theatre. Des comédiens répètent la pièce Oncle Vanya d’Anton Tchekhov, sous la direction du metteur en scène André Gregory, au sein d’un théâtre désaffecté.

Notre avis (3/5) : Après My Dinner with Andre réalisé en 1981, Louis Malle remet Wallace Shawn et André Gregory dans le champ de sa caméra. Le premier interprète le rôle-titre de la pièce Oncle Vanya, le second endosse son propre rôle, à savoir celui du metteur en scène sur les planches de cette pièce de théâtre d’Anton Tchekhov.

Le cinéaste plonge ces deux acteurs au sein d’une troupe de théâtre en pleine séance de répétition de ladite pièce de théâtre. Il procède ainsi à une mise en abime se doublant d’une sorte de synthèse hybride entre documentaire et fiction. En effet, Vanya, 42e rue renvoie à la fiction par le jeu des comédiens alors que la forme adoptée renvoie au documentaire.

L’action prend place dans une unité de lieu constituée par le New Amsterdam Theatre alors délabré et restauré depuis par la compagnie Disney. Malle n’effectue pas ou très peu de de mise en scène et se contente de filmer simplement. Certaines séquences, en début de métrage en particulier, semblent ainsi avoir été prises sur le vif.

Cette absence d’effets cinématographiques permet une totale mise en relief des excellentes compositions délivrées par la poignée de comédiens réunis au casting de Vanya, 42e rue. On notera en particulier la belle gestion des émotions ressenties par Brooke Smith et Julianne Moore.

Dans ce qui restera son ultime film, Malle capte avec brio et une distance toujours adéquate les trajectoires évolutives de ses comédiens entre séances de travail et représentation théâtrale. Vanya, 42e rue est plus que du cinéma-théâtre auquel il candidatait naturellement.


Sidney Lumet

Le prince de New York

Le prêteur sur gages / The pawnbroker (1964, Sidney Lumet)

Prêteur sur gages (Le)

Sol Nazerman (Rod Steiger) a émigré aux États-Unis. Juif allemand, rescapé d’Auschwitz, il y a perdu son épouse et ses enfants. Désormais, il est prêteur sur gages à Harlem. Il a pour employé un jeune délinquant, Jesus Ortiz (Jaime Sanchez), bien décidé à gagner sa vie légalement. Sol accepte de blanchir l’argent d’un truand…

Notre avis (4.5/5) : Le prêteur sur gages a vu sa sortie en salles retardée de deux ans, la censure prétextant une scène de nudité. La raison plus crédible de la censure de ce film est à chercher dans son contenu. Sidney Lumet s’empare du traumatisme psychologique vécu par son personnage principal prénommé Sol (Rod Steiger, Ours d’argent du meilleur acteur en 1964) et survivant de l’holocauste. Bien qu’entouré, Sol, irascible, vit en solitaire. Sa boutique de prêts sur gages à New York, véritable capharnaüm, agit comme une prison non pas physique mais mentale pour Sol.

Cette boutique est le lieu de passage quotidien de New Yorkais désargentés à la recherche d’un prêt de quelques dollars. Le prêteur sur gages constitue en définitive une radiographie d’une population américaine défavorisée, indifféremment blanche ou noire. En filigrane, Lumet dénonce une société où seul l’argent compte et où, face à la pauvreté ambiante, la violence peut surgir à tout instant. Le réalisateur fait aussi la chasse aux aprioris couramment véhiculés autour de la population de confession juive.

La diatribe proposée est extrêmement brillante et parfois difficile à regarder, voire glaçante (scène d’anthologie dans une rame du métro new yorkais). La psyché malade de Sol est restituée à l’écran par l’insertion sporadique d’images du passé traumatique de ce protagoniste central. Et, toujours très efficace dans sa mise en scène, Lumet relève la fin de son film par des scènes très dynamiques tournées en direct dans quelques rues de New York. Le choix d’un traitement distancié de l’holocauste donne au Prêteur sur gages une atmosphère très spécifique qui colle au mental en sortie de projection.

Enfin, ce remarquable film de Lumet baigné dans un beau noir et blanc composé par Boris Kaufman est aussi le réceptacle de la première musique de film signée par Quincy Jones.

Le gang Anderson / The Anderson tapes (1971, Sidney Lumet)

Gang Anderson (Le)

Duke Anderson (Sean Connery) sort de prison, après dix ans derrière les barreaux. Il retrouve une ancienne maitresse, Ingrid (Dyan Cannon), particulièrement bien installée dans un immeuble luxueux. Lui vient alors une idée : « visiter » chaque appartement et faire le casse du siècle. Il commence à recruter son équipe : Haskins (Martin Balsam), antiquaire, The Kid (Christopher Walken), petit malfrat aux talents d’électricien et Spencer (Dick Anthony Williams), militant d’une organisation révolutionnaire et futur chauffeur du camion de déménagement…

Notre avis (3.5/5) : Le gang Anderson réalisé en 1971 est un film-charnière dans la filmographie de Sidney Lumet car c’est celui qui fait basculer le cinéaste dans les thématiques du Nouvel Hollywood. Ici, il s’agit de confronter essentiellement le personnage principal du film interprété par Sean Connery à sa paranoïa. L’acteur signe ici sa deuxième collaboration avec le cinéaste après La colline des hommes perdus (1965). Et, un an avant le scandale du Watergate, Lumet filme l’Amérique sous surveillance de masse du début des années 70.

Ce film de casse à l’ambition narrative certaine est très bien réalisé autour d’un excellent groupe de comédiens dans lequel on note la présence d’un jeune débutant : Christopher Walken. Le scénario recèle quelques choix surprenants et originaux et multiplie les intrigues permises par la multiplicité des protagonistes en présence. La gestion des ruptures de ton et le découpage de la narration sont précis et efficaces. Quelques séquences, notamment humoristiques, viennent désamorcer la frénésie d’actions sur laquelle repose Le gang Anderson.

Equus (1977, Sidney Lumet)

Equus

Alan Strag (Peter Firth), 17 ans, comparaît devant un tribunal. Une nuit, dans le haras où il travaille, il a crevé les yeux de six chevaux à l’aide d’un crochet métallique. La magistrate chargée de l’affaire (Eileen Atkins) décide de confier l’adolescent à son ami psychanalyste Martin Dysart (Richard Burton). Commence alors un long travail pour reconstituer un puzzle mental…

Notre avis (3.5/5) : Signé Sidney Lumet, Equus surprend. Le cinéaste new-yorkais passé maître dans la réalisation collant à la réalité de son Amérique contemporaine livre ici un film très psychologique. Le film explore l’espace mental, les traumatismes et la folie de ses protagonistes principaux interprétés, comme sur les planches, par Peter Firth et Richard Burton. Ce long-métrage déborde même sur les pentes du mysticisme et échappe ainsi, de bout en bout, au réalisme qui imprègne les autres réalisations du cinéaste new-yorkais.

Equus est l’adaptation sur grand écran de la pièce de théâtre éponyme écrite par le dramaturge Pater Shaffer crédité ici au scénario. Cette pièce de théâtre inspirée d’un fait divers fut un énorme succès auprès du public au début des années 70. La maîtrise technique de la mise en scène est, comme à l’accoutumé, parfaite chez Lumet. L’aridité du récit se reflète dans cette mise en scène dans laquelle le cinéaste fait des choix audacieux comme par exemple ces séquences en regard-caméra sur le personnage interprété par Burton. Ces scènes d’autoanalyse face à la « normalité », voire de confession, participent à l’instauration d’une atmosphère anxiogène rehaussée par l’usage de gros plans dont certains sont zoomés à l’extrême. En définitive, Equus est une œuvre hybride des plus singulière et difficilement identifiable y compris dans la filmographie pourtant riche de son auteur.

7h58 ce samedi-là / Before the devil knows you’re dead (2007, Sidney Lumet)

7h58 ce samedi-là

Deux hommes masqués attaquent une bijouterie dans la banlieue de New York. L’un reste dans la voiture tandis que l’autre pénètre dans la boutique. Tout se passe mal, des coups de feu sont tirés. Le chauffeur quitte les lieux seul, en catastrophe.

Notre avis (4/5) : 7h58 ce samedi-là est l’ultime film réalisé par Sidney Lumet alors âgé de 83 ans. On aurait pu imaginer un film paisible pour clore une œuvre cinématographique remarquable. Il n’en est rien. 7h58 ce samedi-là est animé d’une dynamique surprenante notamment dans ses scènes d’action qui bénéficient d’une mise en scène imaginative. Certes, ce film sec dans rédemption possible et hanté de personnages cyniques ne porte aucun message profond et n’appelle pas à de savantes réflexions mais on a connu des fins de filmographie bien plus ternes et désolantes que celle-ci.

L’intérêt du film réside principalement dans le schéma narratif très astucieux mis en œuvre. La scène de braquage et de l’issue dramatique de celui-ci ouvre le long-métrage. Le fil narratif ne cessera ensuite de tracer des boucles temporelles. Les trois premières proposent autant de flashbacks et sont chacune dédiées à l’un des trois personnages principaux (successivement Ethan Hawke, Philip Seymour Hoffman et Albert Finney). Les deux premiers flashbacks creusent le passé alors que le troisième remonte le temps que d’une journée avant le braquage pour ensuite commencer à rendre compte de l’après braquage. Ces trois premières boucles temporelles forment autant de chapitres annoncés à l’écran. Le récit de l’après braquage relève du même procédé sans être annoncé à l’écran. Il est donc laissé aux spectateurs le soin d’être attentifs aux itérations narratives proposées. Chacune progresse dans le temps tout en ménageant un feedback post-braquage plus ou moins étendu.

Notons enfin la belle direction d’acteurs, discipline dans laquelle Lumet était passé maître de longue date. Seymour Hoffman et Hawke livrent notamment de solides prestations. Alors que le cinéma contemporain souffre souvent de scénarios insuffisamment travaillés, ne boudons pas notre plaisir devant 7h58 ce samedi-là dont l’indéniable qualité première est l’ingéniosité mise dans l’écriture scénaristique. L’effort d’écriture est d’autant louable qu’il n’est pas fait à dessein. Les boucles narratives précitées débouchent naturellement sur un récit fragmenté mais dont l’objet n’est pas d’introduire une complexité dans la narration. Ces itérations viennent jeter progressivement la lumière sur des faits et des actes puis sur leurs conséquences. C’est brillamment imaginé et parfaitement restitué. Un regret peut-être, celui de constater la non conservation d’un titre original magnifique – Before the devil knows you’re dead – pour l’exploitation du film en pays francophones.


André de Toth

Les films hongrois

5 heures 40 / 5 óra 40 (1939, André de Toth)

5h40

Paris. Marion (Mária Tasnády Fekete) s’est séparée de son mari (Tivadar Uray) il y a peu, mais l’homme, un aventurier, continue de la tenir en son pouvoir. Elle demande de l’aide au juge d’instruction Henri Tessier (Ferenc Kiss), son ancien fiancé, qui enquête alors sur le meurtre d’une célèbre cantatrice. Tous les indices désignent le mari, également connu sous le nom de Bijou. Pourtant, il nie tout.

Notre avis (3.5/5) : 5 heures 40 fait partie des premiers films réalisés en Hongrie par André de Toth avant son exil aux Etats-Unis. Ne dérogeant pas à ses principes (tests ?) de visite d’un genre cinématographique spécifique dans chacune de ses réalisations durant sa période hongroise, le cinéaste s’empare ici des codes du polar. 5 heures 40 est ainsi le premier thriller hongrois. De Toth souhaitait introduire dans chacun de ses films quelque chose d’inédit dans le cinéma hongrois où, jusque-là, le crime n’était pas représenté à l’écran.

Préfigurant peut-être son départ outre-Atlantique, 5 heures 40 bénéficie d’une mise en scène à la fois très classique et très américaine. Au-delà du fait qu’elle soit déjà très maîtrisée, elle n’est ainsi pas sans nous faire penser à celle de Frank Capra. En effet, les plans sont élaborés et le rythme est dynamique et sans temps mort. Au même titre que les plans, la photographie confiée à István Eiben est travaillée. Enfin, parmi les autres qualités détectables dans ce long-métrage figure un récit bien ficelé et moderne porté par des dialogues dont l’écriture est soignée. Autant de qualités qui valurent à ce long-métrage le prix du film le plus avant-gardiste à la Mostra de Venise.

Deux filles dans la rue / Két lány az utcán (1939, André de Toth)

Deux filles dans la rue

Deux jeunes femmes, Gyöngyi (Mária Tasnádi Fekete) et Vica (Bella Bordy), se rencontrent au hasard des rues de Budapest. Toutes deux ont fui leur même petit village. Elles décident de s’installer ensemble et leurs vies ne tardent pas être bouleversées.

Notre avis (3.5/5) : Deux filles dans la rue surprend à plus d’un titre. Il y a d’abord un sujet audacieux qui met en scène deux jeunes femmes en protagonistes principales (Mária Tasnádi Fekete et Bella Bordy) faisant causes communes. Dans les sphères parcourues, l’immobilier et les arts, la gente masculine filmée est volontiers prédatrice notamment par l’abus d’influence et de harcèlements. Si les immeubles sont en construction, la vie des deux personnages féminins principaux reste à construire dans un environnement peu porteur et hostile. Il est donc ici question de la lutte de ces deux femmes pour leur indépendance et leur émancipation. Les questions soulevées par ce drame social étaient peu traitées dans le cinéma hongrois de l’entre-deux-guerres.

L’autre surprise apportée par Deux filles dans la rue réside dans sa mise en scène. André de Toth procède par tableaux successifs pour visiter divers genres filmiques. Sans chercher à être exhaustif, citons notamment le cinéma muet, le théâtre filmé, le réalisme de séquences tournées dans les rues de Budapest au milieu de la population locale, les scènes de cabaret et de music-hall. Le cinéaste hongrois alterne aussi les séquences filmées en extérieur avec celles composées dans des intérieurs reconstitués ou pas. Les cadrages innovants rivalisent d’efficacité avec la concision narrative mise en œuvre.

Pour parachever ce patchwork de scènes et de genres, de Toth fait l’usage sporadique de transparences permettant la composition à l’écran de mosaïques d’images à la façon de René Clair notamment. Notons que ce vaste enchevêtrement de séquences s’effectue sans transition. Les rares transitions observées entre deux scènes sont cependant particulièrement astucieuses. Et, avec la photographie de Károly Vass (chef opérateur de Leni Riefenstahl et de Fritz Lang pour Le testament du docteur Mabuse), Deux filles dans la rue se pare d’un visuel expressionniste exhumé par des angles de prise de vue inhabituels, des contrastes forts et des jeux d’ombres.

Six semaines de bonheur / Hat hét boldogság (1939, André de Toth)

Six semaines de bonheur

Gábor Bozsó (Ferenc Kiss) est braqueur de coffre-fort. Sa fille Eva (Klári Tolnay), scolarisée dans une prestigieuse école, le croit homme d’affaires. Un jour, elle rencontre un étudiant (László Szilassy) qui vient de se faire dérober dans le bus l’argent destiné à ses frais d’inscription. Témoin de la scène et pour aider le jeune homme, Gábor Bozsó décide de reprendre l’argent au pickpocket.

Notre avis (3.5/5) : André de Toth a réalisé Six semaines de bonheur en 1939 juste avant son exil de Hongrie, son pays natal. Ce long-métrage fait partie des cinq premiers opus de sa filmographie qu’il réalisa en l’espace d’à peine plus d’un an ! Une production rapide dont le défaut réside ici dans une postsynchronisation perfectible. Notons que le cinéaste a pris le risque de faire de son personnage principal interprété par Ferenc Kiss l’auteur d’actes illégaux et d’en faire un héros.

A l’écran, la pure comédie mise en scène se révèle à la fois concise (1h16) et alerte. Six semaines de bonheur recèle aussi la mise en abime d’une pièce de théâtre qui pourrait constituer en soi un film dans le film. L’excellent traitement de cette mise en abime rivalise de subtilités et de finesses. Le geste cinématographique réalisé dans l’urgence (tournage d’une durée inférieure à deux semaines) n’en est que plus remarquable. Dès son début de carrière, de Toth a fait montre d’une efficacité redoutable dans sa mise en scène et a prouvé son efficacité quel que soit le genre cinématographique abordé. Six semaines de bonheur en est une preuve supplémentaire.

La vie du docteur Semmelweis / Semmelweis (1939, André de Toth)

Vie du docteur semmelweis (La)

Professeur dans une clinique de Vienne, Ignác Semmelweis (Tivadar Uray), médecin obstétricien, s’alarme : de nombreuses patientes meurent de fièvre puerpérale après leur accouchement. Il entreprend de comprendre les raisons de cette infection. Lorsqu’il découvre que la solution serait une simple question d’hygiène, la communauté scientifique refuse de le croire.

Notre avis (3/5) : L’ambition d’André de Toth dans La vie du docteur Semmelweiss a été de tirer le portrait du docteur-titre en moins de quatre-vingt minutes. Une gageure qui se décline dans un film en costumes forcément très elliptique. Le scénario mis en images ne s’attarde que sur quelques instants de la vie de ce célèbre docteur qui œuvra durant toute sa vie contre la septicémie qui faisait des ravages parmi les femmes en couche. Sans surprise, la fin du métrage est notoirement très abrupte.

A travers le personnage du docteur Semmelweiss incarné à l’écran par Tivadar Uray, de Toth dépeint le portrait d’un homme tempétueux, colérique mais aussi extrêmement virulent et critique envers ses confrères. Dans sa réalisation, le cinéaste alors encore hongrois prend un soin particulier à mettre en évidence le scepticisme que le Dr Semmelweiss provoquait auprès de ses pairs qui portaient peu d’intérêt à ses observations et à ses travaux.

C’est là le grand intérêt porté par La vie du docteur Semmelweiss qui, aujourd’hui encore, est un des rares films biographiques du cinéma hongrois. Sa réalisation très classique est rehaussée par des positions de caméra inclinées et la photographie contrastée en ombres et lumières du chef-opérateur István Eiben.


Sublimes moments du muet

Dans la nuit (1930, Charles Vanel)

Dans la nuit

Un ouvrier carrier (Charles Vanel) est défiguré à la suite d’une explosion. Pour cacher son visage désormais effrayant, il est obligé de porter un masque, dont il finit par ne plus se défaire. Son épouse (Sandra Milowanoff), qui le soigne, se console auprès d’un autre. Un jour, l’ouvrier surprend les deux amants…

Notre avis (2/5) : Dans la nuit est l’unique long-métrage réalisé par Charles Vanel dont la filmographie en tant que réalisateur sera complétée d’un second élément en 1932, un court-métrage titré Affaire classée et resté confidentiel. Dans la nuit est aussi considéré aujourd’hui comme étant le dernier film muet du cinéma français. En effet, réalisé durant l’été 1929, sa première diffusion dans les salles françaises est datée du 16 mai 1930, date à laquelle le cinéma français mais également mondial a définitivement basculé côté parlant. Les films muets n’attirent alors plus. Ce constat peut expliquer le fait que ce film soit rapidement tombé dans l’oubli.

Le début de Dans la nuit montre l’environnement dans lequel va se dérouler l’action, à savoir une région minière. Puis vient un long préambule relatif aux festivités de la cérémonie de mariage des deux principaux personnages incarnés par Vanel et Sandra Milovanoff. Ce n’est qu’ensuite que le film prend un peu de relief quand survient le drame et la gestion des conséquences de celui-ci jusqu’à un épilogue à oublier car il sacrifie à la facilité scénaristique.

Vanel anime son film d’une réalisation très classique. Les moments aventureux d’un point de vue technique demeurent rares : quelques mouvements de caméra simples en début de métrage avant que celle-ci ne soit embarquée sur une balançoire pour quelques instants. On note l’usage d’images floues pour symboliser un rêve et une scène d’explosion plutôt bien restituée. Il n’y a pas de gestion des transitions entre les plans à de trop rares exceptions près (eau coulant sur l’objectif de la caméra). Enfin, on notera l’usage intelligent d’un masque pour couvrir en partie le visage de l’acteur-réalisateur. Ces éléments disséminés sur toute la durée de Dans la nuit sont en trop faible nombre pour maintenir durablement l’intérêt d’un spectateur cinéphile. Ce « drame d’atmosphère ouvrière », comme Vanel se plaisait à décrire l’histoire racontée qui rendait hommage à son père, réalisé avec sérieux manque d’un rythme plus affirmé.


Grands classiques du noir et blanc

Sciuscià (1946, Vittorio De Sica)

Sciuscia

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, deux jeunes enfants, Pascale (Franco Interlenghi) et Giuseppe (Rinaldo Smordoni) rêvent d’acheter un magnifique cheval. Ils survivent en cirant les chaussures et en se livrant à toutes sortes de petits trafics. Un jour, ils sont arrêtés et placés dans une maison de correction à la discipline brutale. Ils parviendront à s’en évader, mais la cruauté de la vie se rappelle toujours à eux…

Notre avis (4/5) : L’année 1946 marque le début du néoréalisme au cinéma. En effet, en septembre, le Festival de Cannes attribue son Prix du Jury à Roberto Rossellini pour Rome, ville ouverte. Quelques mois plus tôt, en avril, Sciuscià sort dans les salles transalpines. Le film est l’œuvre d’un autre cinéaste de renom, Vittorio De Sica. Sciuscià, mal accueilli par les critiques locales dans l’incompréhension, ne trouve pas son public. Ce film fut d’abord un succès à l’international, notamment en France et aux États-Unis.

1946, Sciuscià arrive trop tôt dans une Italie traumatisée par le second conflit mondial. L’Italie ne pouvait alors admettre ce que Bernanos nomme « le scandale de la vérité ». Ce film au casting sans star du 7ème art aborde frontalement un sujet douloureux qui touche à l’avenir du pays : sa jeunesse et le sort qui était réservé à la partie « déviante » de cette jeunesse durant ces (trop ?) récentes années noires. Sans phare, De Sica ne fait que restituer une réalité, cruelle et inhumaine. En cela, Sciuscià est parfois aussi douloureux à regarder qu’essentiel. Un indélébile témoignage qui marque un tournant dans la filmographie de De Sica, côté cinéaste. En effet, lui-même reconnaîtra que « Je crois que Sciuscià […] a marqué la fin de mes mises en scène commerciales, et le début de mes aventures avec les producteurs. À partir de ce moment-là, je n’ai plus jamais trouvé de crédit. » Force est de constater que par la suite, ce sont effectivement les contrats d’acteur de De Sica qui financeront la réalisation et la distribution de ses films.


Souvenirs de Bertrand Tavernier

Autour de minuit / ‘Round midnight (1986, Bertrand Tavernier)

Autour de minuit

New York, 1959. L’ère du be-bop touche à sa fin, et Dale Turner (Dexter Gordon), qui fut l’un des saxo-ténors les plus inspirés de sa génération, voit poindre le bout de la route. Miné par l’alcool et la pauvreté, usé par une lutte incessante contre les préjugés, il livre, dans les boîtes sordides du Bowery, son dernier combat… Quinze ans plus tôt, Dale triomphait à Paris. Au Blue Note, un adolescent de 13 ans découvrait alors, grâce à lui, un son et un univers inconnus, et une raison de vivre. Francis Borier (François Cluzet) est resté fidèle au souvenir de Dale, qui l’a aidé à traverser les épreuves de la guerre d’Algérie. À 28 ans, il continue d’attendre le retour de son idole… 

Notre avis (x/5) : A venir


Lumière Classics

Remorques (1941, Jean Grémillon)

Remorques

André Laurent (Jean Gabin) est capitaine du remorqueur Le Cyclope qui pratique le sauvetage des navires, au large de Brest. Sa femme Yvonne (Madeleine Renaud) souffre d’une maladie de cœur et espère le voir renoncer à ce métier qui l’éloigne d’elle continuellement. Au cours d’un remorquage, André rencontre Catherine (Michèle Morgan) et en tombe amoureux.

Notre avis (x/5) : A venir

Mauvais sang (1986, Leos Carax)

Mauvais sang

Alors que Paris est plongée dans une chaleur étouffante, la population est frappée par un virus, le STBO, touchant ceux qui font l’amour sans s’aimer. Dès lors, deux bandes rivales vont se disputer le germe de ce virus, qui devrait permettre de créer un vaccin et sauver la population. Alex (Denis Lavant) tombe amoureux d’Anne (Juliette Binoche), la compagne de Marc (Michel Piccoli), un truand pour qui il travaille…

Notre avis (x/5) : A venir

Mademoiselle Docteur / Under secret orders (1937, Edmond T. Gréville)

Mademoiselle docteur

Un espion allemand découvre qu’il est suivi par des agents britanniques. Il confie l’information secrète qu’il porte à sa petite amie, Anne-Marie Lesser (Dita Parlo). Après son élimination, celle-ci transmet l’information à ses supérieurs. Elle devient espionne à son tour, espérant venger la mort de celui qu’elle aimait.

Notre avis (x/5) : A venir

The long night (1947, Anatole Litvak)

Long night (The)

Alors que des policiers encerclent son immeuble, l’ex-militaire Joe Adams (Henry Fonda) s’enferme dans son appartement. Coupable de meurtre, sans aucun moyen de fuir mais refusant de se rendre, il passe la nuit à se remémorer les événements qui l’ont conduit à cette situation désespérée.

Notre avis (x/5) : A venir

Le voyage fantastique / Fantastic voyage (1966, Richard Fleischer)

Voyage fantastique (Le)

Après avoir découvert la formule capable de réduire le corps humain à des proportions microscopiques, le professeur Benes (Jean Del Val) est victime d’un attentat dont il sort grièvement blessé. Pour le sauver, les savants américains décident d’introduire dans son corps des médecins « miniaturisés » qui pourront le soigner au plus près.

Notre avis (x/5) : A venir

Lúcio Flávio, l’ennemi public n°1 / Lúcio Flávio o passageiro da agonia (1977, Hector Babenco)

Lucio Flavio

Dans les années 60, au Brésil, sous la dictature militaire, Lúcio Flávio (Reginaldo Faria) est un célèbre braqueur de banques. Avec ses complices, il doit affronter Moretti (Paulo César Peréio), un policier corrompu, ainsi que Bechara (Ivan Cândido), le leader d’un « escadron de la mort ». Ce dernier a pour objectif de torturer et de tuer les criminels considérés comme trop dangereux pour la société.

Notre avis (x/5) : A venir

Les noces barbares (1987, Marion Hänsel)

Noces barbares (Les)

Violée par un soldat américain, Nicole (Marianne Basler), à peine adolescente, donne naissance à Ludovic. Haï par sa trop jeune mère et ses grands-parents, l’enfant vit caché dans un grenier. La situation ne s’arrange guère après le mariage de Nicole avec Micho (André Penvern), brave et riche mécanicien. Malgré la protection de ce dernier, Ludovic est placé par sa mère dans une institution pour retardés mentaux.

Notre avis (x/5) : A venir


Trésors et curiosités

Un cas particulier / Prípad pre obhajcu (1964, Martin Hollý) – Slovaquie

Cas particulier (Un)

Kolár (Stefan Kvietik), avocat du suspect, mène une enquête sur le viol et l’assassinat d’une jeune fille de 14 ans. Grâce aux contradictions dans le dossier, il pense pouvoir blanchir son client (15 ans) et le sauver d’un probable emprisonnement.

Notre avis (x/5) : A venir

Un homme comme tant d’autres / Nothing but a man (1964, Michael Roemer) – États-Unis

Homme comme tant d'autres (Un)

En Alabama, Duff Anderson (Ivan Dixon), cheminot, et sa compagne Josie (Abbey Lincoln), institutrice, se marient et s’installent en ville. Le couple, afro-américain, souhaite mener une vie simple et calme, mais il doit affronter la discrimination raciale de l’Amérique ségrégationniste des années 60.

Notre avis (x/5) : A venir

Kisapmata (1981, Mike De Leon) – Philippines

Kisapmata

Dadong Carandang (Vic Silayan), officier de police à la retraite, est un père dominateur, extrêmement jaloux des prétendants de sa fille Mila (Charo Santos-Concio). Celle-ci tombe amoureuse de Noel (Jay Ilagan) et le couple attend bientôt un enfant. Dadong accepte qu’ils se marient, à condition que Noel paie une dot extrêmement coûteuse et organise un mariage luxueux. Après le mariage, le père insiste pour que le couple reste enfermé dans sa maison. Jusqu’au cauchemar…

Notre avis (x/5) : A venir

Condenados a vivir (1972, Joaquín Romero Marchent) – Espagne

Condenados a vivir

Le sergent confédéré Brown (Claudio Undari), accompagné de sa fille Sarah (Emma Cohen), doit assurer le transfert de sept terribles prisonniers enchaînés, alors que son convoi a été attaqué par des bandits.

Notre avis (x/5) : A venir

Wendemi, l’enfant du Bon Dieu (1993, S. Pierre Yameogo) – Burkina Faso

Wendemi, l'enfant du bon dieu

Wendemi est un bébé abandonné. Son père est prêtre et sa mère, incapable de révéler la vérité à sa famille, n’a d’autre solution que de se séparer de lui, puis de s’enfuir. Devenu adulte, son manque d’histoire familiale le fera se heurter à la société qui le rejette, puisqu’elle ne le « reconnaît pas ». Il erre à la recherche d’un nom, d’une famille. Cette errance le mène à la capitale, Ouagadougou, où il croit pouvoir retrouver sa mère.

Notre avis (x/5) : A venir

La plaisanterie / Žert (1968, Jaromil Jireš) – République tchèque

Plaisanterie (La)

Ludvik Jahn (Josef Somr) découvre qu’Helena (Jana Dítetová), une journaliste venue l’interroger, est l’épouse d’un ancien camarade d’études, Pavel (Ludek Munzar), responsable de son exclusion de l’Université. À la suite de ce renvoi, Ludvik a été incorporé dans un bataillon militaire pendant deux ans et demi, puis puni d’un an de prison disciplinaire et de trois ans dans les mines. Quinze ans plus tard, l’occasion est trop belle pour ne pas se venger.

Notre avis (x/5) : A venir

Dementia (1955, John Parker) – États-Unis

Dementia

Une jeune femme (Adrienne Barrett) se réveille d’un cauchemar dans la chambre d’un hôtel miteux. Elle se lève et erre dans les rues de Los Angeles en pleine nuit. Dans sa déambulation, elle rencontre des personnages de plus en plus étranges. La frontière entre rêve et réalité s’amenuise à la faveur des hallucinations et de la paranoïa qui s’installe.

Notre avis (x/5) : A venir

Time to love / Sevmek zamani (1965, Metin Erksan) – Turquie

Time to love

Halil (Müsfik Kenter)est peintre en bâtiment sur l’une des îles des Princes, un archipel dans la mer de Marmara, en Turquie. Alors qu’il travaille dans une villa, il découvre le portrait d’une femme, Meral (Sema Özcan), et tombe éperdument amoureux de son image.

Notre avis (x/5) : A venir