Nuestro tiempo – L’adulte erre, toujours

Habitué du festival de Cannes, Carlos Reygadas y a remporté le prix du Jury en 2007 avec Lumière silencieuse et celui de la Mise en scène en 2012 avec Post tenebras lux. En 2018, son dernier opus, Nuestro tiempo, n’a pas eu les honneurs d’une sélection cannoise mais ceux de la Mostra de Venise. Pourtant, sa filiation avec Lumière silencieuse est particulièrement forte au point, semble-t-il, de freiner l’ambition narrative qui aurait pu (dû ?) animer Nuestro tiempo.

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An elephant sitting still – Funeste désespoir

An elephant sitting still est le premier et sera à jamais l’unique long métrage réalisé par Hu Bo. Ce film présenté en première mondiale lors de la Berlinale 2018 y reçu le prix FIPRESCI. Le jeune cinéaste-romancier chinois met en images sa nouvelle éponyme. Le film qui en résulte est immense par sa durée proche des quatre heures et ses qualités cinématographiques. Cette œuvre orpheline et marquante se révèle ainsi prodigieuse notamment par sa densité, sa force exceptionnelle et sa profonde noirceur pourtant jamais pesante.

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N.B. #11 – Le bateau phare (1985, Jerzy Skolimowski)

Pour sa première réalisation américaine, Jerzy Skolimowski livre un film d’un genre indéterminé. Le bateau phare ne dénote donc pas dans la filmographie du cinéaste polonais. Plus que de genre indéterminé il semble plus approprié d’évoquer un « genre » hybride. En effet, Le bateau phare relève tant du thriller que du drame familial. Outre la belle originalité de faire camper l’histoire racontée sur le bateau titre, Skolimowski y aborde pour la première fois et de façon singulière la thématique des relations père-fils.

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Grâce à Dieu – Des maux à demi-mots

Le titre du film de François Ozon est directement inspiré d’un « lapsus » du cardinal Barbarin lors d’une conférence de presse. Ces mots à la divinité malheureuse et des plus inappropriée venaient alors qualifier la prescription des actes d’attouchements pédophiles commis par le prêtre Bernard Preynat. Ne dit-on pas que « la parole est d’argent, le silence est d’or » ? Dans Grâce à Dieu, le cinéaste fait de la parole un culte sans secret. Il est vrai que la confession attendue prend volontiers des accents de déposition alors que l’Eglise Catholique se mure dans un silence… d’or.

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Walkover – Rythme effréné

Jerzy Skolimowski inscrit Walkover, son deuxième long métrage, dans la lignée de sa première réalisation Signes particuliers : aucun (1965, Signalement d’un cinéaste en devenir). Plus encore que son aîné, Walkover est mu par l’énergie des personnages mis en scène et les mouvements d’une caméra captant de façon instinctive un matériau réaliste en environnement naturel.

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Ma vie avec John F. Donovan – Dolan Anyways

Le septième film de Xavier Dolan dépeint, à défaut de dénoncer, la sphère hollywoodienne certes progressiste mais toujours hypocrite. Au fil des séances de montage technique, la fresque annoncée n’a cessé de voir son envergure réduite. Malgré un budget de production confortable, le premier film américain et en langue anglaise de l’auteur de Lawrence Anyways se limite à une sorte d’ode fantasmée sur la célébrité. Ainsi, alors que Ma vie avec John F. Donovan pouvait légitimement prétendre au qualificatif de film-somme, c’est plutôt celui de film-synthèse que nous lui attribuons. En bégayant son cinéma, le jeune cinéaste québécois dévoile les limites d’un dispositif qui ne surprend plus et se délite film après film.

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Compañeros – Silence hurlant

A la lecture du synopsis de Compañeros, nous imaginons volontiers positionner le dernier film d’Alvaro Brechner entre L’aveu (1970) de Costa-Gavras et Midnight express (1978) d’Alan Parker. Telle est pleinement la place de ce film mémoriel si on fait abstraction des quelques touches humoristiques constatées. Le cinéaste uruguayen relate des faits réels cauchemardesques jusqu’à atteindre un quasi point de non-retour dans la psychologie de ses personnages. Brechner filme l’indicible abandon à l’arbitraire et à l’obscurantisme de trois Compañeros.

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