Lumière 2015 (Martin Scorsese)

Lumière 2015 - Affiche

N.B. : les zones de couleur turquoise révèlent une partie de la trame du scénario

Outre la rétrospective consacrée à Martin Scorsese et la carte blanche qui lui est attribuée, nous remarquons la programmation :

  • de 8 films restaurés de Julien Duvivier dont ses classiques incontournables (La fin du jour, La belle équipe) mais aussi les plus rares Panique et Un carnet de bal
  • de 6 longs métrages réalisés de 1956 à 1977 par la cinéaste russe Larissa Chepitko, élève d’Alexandre Dovjenko et épouse d’Elem Klimov
  • d’une redécouverte de l’œuvre de Jacqueline Audry, réalisatrice oubliée d’une quinzaine de films de 1946 à 1967.

Parmi les autres évènements au programme, l’exposition de la collection d’affiches de cinéma réunie par Nicolas Winding Refn et l’œuvre photographique de Costa-Gavras. Enfin, nous notons la présence, entre autres, de Sophia Loren, Alexandre Desplat, Mads Mikkelsen, Géraldine Chaplin

Prix Lumière : Martin Scorsese

La valse des pantins (1982) – Martin Scorsese

Titre original : The king of comedy

Chasseur d’autographes impénitent, Rupert Pupkin (Robert De Niro) rêve de passer dans l’émission de son idole, Jerry Langford (Jerry Lewis), l’animateur du show le plus populaire des États-Unis. Rupert tente sa chance à plusieurs reprises, mais est toujours éconduit. Il monte avec Masha (Sandra Bernhard), une jeune fan hystérique, un plan pour arriver à ses fins.

La valse des pantins

Présentation du film par Delphine Gleize.

Notre avis (3/5) : Échec commercial à sa sortie en salles en 1982, La valse des pantins marqua le début d’une petite traversée du désert pour Martin Scorsese jusqu’à la sortie de La couleur de l’argent en 1986. Deux ans après la sortie du radical Raging bull, le public n’attendait pas du cinéaste américain une comédie.

Les deux personnages principaux sont interprétés par Robert De Niro et Jerry Lewis. Mais, là où on attend Jerry Lewis tel que nous le connaissons (volubile, grimaçant, sur-jouant) c’est Robert De Niro qu’on trouve ! Dans un rôle plus austère et plus fermé, plutôt destiné à De Niro, prend place Lewis. Ce dernier se voit donc retenu dans son jeu, engoncé qu’il est dans son rôle… et ses costumes. Nous imaginons qu’il a eu quelques difficultés à tenir cette posture : pour exemple, la scène des congratulations est coupée au moment où Jerry Lewis, les bras ouverts, commence à s’avancer vers le public pour le féliciter également !

Cette distribution inversée des rôles paraît surprenante dans un premier temps. Elle le demeure ensuite mais pour d’autres raisons : le duo fonctionne parfaitement. Les deux acteurs, dans des postures qui leur sont peu communes, s’en sortent très bien.

Enfin, cette comédie grinçante vis-à-vis de la culture télévisuelle de masse est très marquée années 80, jusqu’à la caricature (volontaire) sur certains aspects, notamment sur les « costumes » aux couleurs franches. Ce n’est pas le meilleur film de Martin Scorsese, mais c’est sans nul doute le plus familial et le plus léger.

A letter to Elia (2010) – Martin Scorsese, Kent Jones

Une lettre adressée au réalisateur Elia Kazan, évoquant deux de ses films les plus fameux, À l’est d’Eden et Sur les quais. Une lettre comme un portrait en creux.

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Notre avis (2/5) : Documentaire sur Elia Kazan, réalisateur américain d’origine turque, de et par Martin Scorsese qui est ici le quasi unique narrateur.

Documentaire très classique dans sa forme et un peu décevant dans son contenu. Elia Kazan y est presque exclusivement présenté sur son bon profil. Ainsi, son rôle controversé lors du maccartisme est certes évoqué mais de manière très partielle. Le documentaire prend appui sur deux films célèbres de Kazan, À l’est d’Eden et Sur les quais. Un choix judicieux mais il est regrettable qu’une partie de leur énigme respective soit dévoilée.

Martin Scorsese ne s’en cache pas, Elia Kazan est l’un de ses principaux mentors. Le documentaire proposé est globalement bon, mais la passion que voue son auteur à son modèle n’est pas transmise aux spectateurs. Ainsi A letter to Elia s’apparente à un document sur Elia Kazan de, par et… pour Martin Scorsese.

Carte blanche de Martin Scorsese

Larmes de clown (1924) – Victor Sjöström

Titre original : He who gets slapped

Paul Beaumont (Lon Chaney) a de quoi être malheureux. Alors que son ami, le baron Regnard (Marc McDermott), vient de lui voler sa dernière découverte et de le ridiculiser devant l’académie des Sciences, il apprend que celui-ci est en outre l’amant de sa femme (Ruth King). Par dépit, il entre comme clown dans un cirque et tombe amoureux de l’écuyère (Norma Shearer), malheureusement promise au baron…

Larmes de clown

Présentation du ciné-concert (film muet avec accompagnement musical en direct) par Serge Bromberg (président de la société Lobster).

Notre avis (3.5/5) : Avec Larmes de clown, film dramatique romancé, Victor Sjöström propose le récit de l’histoire d’un brillant scientifique trahi et humilié. Par désespoir plus que par choix, entre rires et larmes, il devient clown pour préparer et farder sa vengeance. Au montage technique astucieux s’ajoutent les multiples prouesses techniques qui constellent le film, notamment les nombreux et excellents trucages vidéo. À plus de 90 ans et animé par un brillant casting, Larmes de clown de Victor Sjöström conserve de jolis attraits et reste séduisant sous les apparats d’une belle restauration.

La terre (1930) – Alexandre Dovjenko

Titre original : Zemlya

Un grand-père meurt dans son verger, sereinement, entouré des siens. Vassili (Semyon Svashenko), un jeune komsomol, est tout à la joie de l’arrivée d’un tracteur dans le village et de la révolution agraire qui se met en marche. Mais les riches paysans propriétaires voient d’un très mauvais œil la collectivisation des terres.

La terre

Notre avis (3/5) : Ciné-concert. Alexandre Dovjenko était l’un des premiers maîtres du cinéma russe. Dans La terre, il dresse le portrait de la ruralité ukrainienne de 1929 en pleine mutation. Le cinéaste met en scène l’affrontement entre les paysans pauvres, favorables à la mécanisation des travaux agricoles qui accompagne le début de la collectivisation des terres, et les paysans riches et propriétaires de leurs terres qui y sont opposés.

Cette vaste fresque sur la paysannerie ukrainienne est, comme de nombreux films russes de l’époque, teintée de propagande pro-bolchévique. Son message – le partage de terres aujourd’hui assure les richesses de demain – est ainsi un peu appuyé à l’image du jeu des acteurs parfois porté jusqu’au lyrisme.

Cependant, le film jouit de qualités esthétiques indéniables et peu communes dans le cinéma muet. Les plans en extérieur font ainsi l’objet de cadrages soignés et atypiques. La mise en scène est précise et veille à montrer l’attachement viscéral des paysans à la terre titre. Le montage du film n’est pas en reste avec l’utilisation appropriée des fondus et autres transparences. La terre propose également une belle galerie de « gueules » figurant idéalement le contenu du film.

Enamorada (1946) – Emilio Fernández

Chef des révolutionnaires mexicains, le général José Juan Reyes (Pedro Armendáriz) s’empare de la ville de Cholula. Il fait arrêter tous les aristocrates locaux et confisque leurs biens. Parmi eux, le riche don Carlos Peñafiel (José Morcillo). Mais Reyes tombe sous le charme de sa fille Beatriz (María Félix).

Enamorada - Emilio Fernandez, María Félix

Notre avis (2.5/5) : Sur fond de révolution mexicaine, Emilio Fernández fait le récit d’une romance entre un général mexicain, généreux mais machiste, et la fille d’un riche aristocrate au caractère bien trempé. Le rôle féminin est tenu par María Félix, grande actrice mexicaine qui, durant sa carrière, tournera notamment pour Luis Buñuel et Jean Renoir.

Le scénario d’Emilio Fernández mis en scène par ses propres soins se révèle sans véritable surprise, l’intrigue manque d’originalité. Si le fond est commun, la forme l’est beaucoup moins. Les cadrages et les prises de vue – notamment en contre plongée – sont soignés. Le même soin est apporté à la mise en lumière des photogrammes en noir et blanc. Ainsi quelques fulgurances visuelles éclairent Enamorada dont l’esthétisme ne peut laisser indifférent.

L’enfer de la corruption (1948) – Abraham Polonsky

Titre original : Force of evil

New York. Ben Tucker (Roy Roberts), gangster notoire, a organisé une entreprise de racket sur les paris mutuels. Il veut désormais installer un monopole, intégrant ou éliminant sans vergogne les petites échoppes. Joe Morse (John Garfield), son avocat, l’aide dans son entreprise, tout en essayant de préserver son frère (Thomas Gomez), gérant d’une banque clandestine.

L'enfer de la corruption

La projection du film est programmée dans un CNP Bellecour fraîchement rénovée puisque les travaux de restauration ont pris fin la veille… Une légère odeur de peinture flotte encore dans les couloirs ! Les deux salles d’origine ont été transformées en trois salles. Les salles n° 2 et 3 comportent chacune 60/70 places. Pour sa part, le CNP Terreaux est toujours en cours de rénovation. Ces deux cinémas indépendants ont été rachetés par l’Institut Lumière il y a un an, une seconde vie leur est donnée.

Présentation du film par Philippe Garnier.

Notre avis (3.5/5) : Film noir classique dont la restauration est impeccable au même titre que sa réalisation. Le noir et blanc est somptueux et la photographie l’est tout autant. Campant des personnages ambivalents, le casting réuni est talentueux avec notamment John Garfield, parfait. Ironie de l’histoire, le seul personnage cherchant à rester intègre est un banquier… indépendant.

Avec L’enfer de la corruption, Abraham Polonsky signe la réalisation de son premier film dont il est également scénariste. Un scénario dense, ambitieux et verbeux tiré de Force of evil, roman d’Ira Wolfert. Une fois n’est pas coutume, le titre français nous semble plus approprié que le titre original, éponyme du roman adapté.

A sa sortie, L’enfer de la corruption fut perçu comme une attaque en règle du capitalisme américain et de son système corrompu sous-jacent. Son auteur, Abraham Polonsky, fut alors victime du maccarthysme dans les années 50 et inscrit sur la liste noire d’Hollywood.

On murmure dans la ville (1951) – Joseph Leo Mankiewicz

Titre original : People will talk

Le docteur Praetorius (Cary Grant) dirige une clinique gynécologique. Toujours accompagné de Shunderson (Finlay Currie), un vieil homme taciturne, c’est un médecin brillant, apprécié de tous, patients, collègues et étudiants. À l’exception du professeur Elwell (Hume Cronyn) qui diligente une enquête sur lui.

On murmure dans la ville

Notre avis (3/5) : Avec On murmure dans la ville, Joseph Leo Mankiewicz abordait un sujet qui le passionnait : la médecine. Ici, deux conceptions de cette discipline sont mises en opposition. Celle du professeur Elwell (Hume Cronyn) entièrement concentrée sur la maladie à traiter et celle du Docteur Praetorius (Cary Grant) qui, plus humaniste, place le patient en première ligne. L’excellent casting, très bien dirigé, est mené par un Cary Grant incarnant un médecin calomnié car anticonformiste, un rôle peu commun pour ce grand acteur américain. Le scénario est dense et les dialogues sont brillants.

Réalisée au début des années 50 alors que le maccarthisme bat alors son plein, cette comédie dramatique humaniste est également un film politique. Comme le suggère son titre, On murmure dans la ville doit être perçu comme un pamphlet contre la rumeur publique et ses conséquences . Replacé dans son contexte politique, ce long métrage se révèle politiquement très audacieux et engagé, véritable pamphlet contre la chasse aux sorcières menée en ces temps par Joseph McCarthy.

La momie (1969) – Abdel Salam Chadi

Titre original : Al-mummia

1881, près de Thèbes, en Égypte. Des antiquités appartenant à la XXIe dynastie apparaissent sur le marché noir, alors même que leurs tombeaux n’ont pas été découverts. La direction des Antiquités du Caire dépêche des archéologues sur place afin de percer le mystère.

La momie

Notre avis (2/5) : Chadi Abdel Salam a construit son film en prenant pour point de départ l’expédition en 1881 de l’égyptologue français Gaston Maspero qui avait découvert que, depuis des siècles, une tribu avait pour rite de survie le pillage de sépultures. Le scénario écrit en prose poétique et récité d’une voix monocorde par les comédiens confère au film un rythme lancinant qui n’aide pas à la compréhension d’une intrigue difficile à appréhender (nous nous perdons dans les différentes générations de pharaons évoquées). La narration adoptée est donc très singulière et « réserve » le film à un public averti amateur de cinéma exigeant.

Par contre, d’un point de vue esthétique, ce thriller égyptien réalisé en 1969 soutient aisément la comparaison avec des productions bien plus récentes. Une esthétique très travaillée source d’un regard nouveau sur l’Histoire d’un pays basculant progressivement d’un monde traditionnel à l’Histoire prestigieuse vers une société moderne.

Yeelen – La lumière (1987) – Souleymane Cissé

Titre original : Yeelen

Le jeune Nianankoro (Issiaka Kane) va recevoir le savoir destiné à lui assurer la maîtrise des forces qui l’entourent, cette connaissance que les Bambaras se transmettent depuis toujours, de génération en génération. Son père (Niamanto Sanogo) supporte mal de voir son fils devenir son égal. Pour échapper à sa folie meurtrière, sa mère (Soumba Traoré) éloigne Nianankoro.

Yeelen

Souleymane Cissé, réalisateur du film, présent avant et après la projection, nous mentionnera qu’il n’est nullement question de sorcellerie contrairement à ce qui est indiqué sur le programme du festival : « Alors qu’il s’apprête à devenir un sorcier du désert, un jeune homme doit fuir la colère de son père… Un parcours initiatique africain d’une beauté épurée. Prix du Jury à Cannes« .

Notre avis (2.5/5) : Souleymane Cissé suit le parcours initiatique d’un jeune malien depuis son village natal vers les villages environnants. Ce parcours hiératique marquant le passage de l’enfance à l’âge adulte est jalonné des coutumes, sortilèges et autres croyances locales. En cela, Yeelen est difficile à appréhender car éloigné de nos repères culturels occidentaux. Sans connaissance de la culture malienne, certains pans du film restent énigmatiques et hermétiques.

Ce film réalisé en 1987 demeure intemporel grâce à une excellente réalisation et une exploitation parfaite de la lumière naturelle (certains plans sont magnifiques). Le casting, bien qu’inégal (acteurs locaux non professionnels), est globalement convaincant.

The film foundation’s world cinema project

La momie (1969) – Abdel Salam Chadi

Cf. section « Carte blanche de Martin Scorsese »

Julien Duvivier en copies restaurées

Un carnet de bal (1937) – Julien Duvivier

Christine Surgère (Marie Bell), jeune veuve, retrouve le carnet de bal de ses 16 ans. Pour oublier son chagrin, elle décide de découvrir ce que sont devenus ses cavaliers d’alors…

Un carnet de bal

Présentation du film par Anne Le Ny.

Notre avis (3/5) : Une visite par amant et donc autant d’histoires à raconter et de souvenirs à se remémorer. Un carnet de bal est ainsi considéré comme étant un des premiers films à sketches français.

Passons très rapidement sur Marie Bell qui incarne la veuve en quête de souvenirs. Son interprétation figée est inappropriée, à tel point que, quand elle disparaît de l’écran, elle ne nous manque nullement… A sa décharge, nous devons indiquer que Julien Duvivier avait pour habitude de réserver à ses actrices des rôles guère reluisants. Un carnet de bal n’échappe pas à cette façon de faire, la gent féminine n’y détient pas les « bons » rôles.

Un des intérêts du film réside dans son casting masculin composé d’acteurs vedettes des années 30. Les prestations de Raimu et Fernandel sont bonnes mais ne réservent pas de surprise car les deux acteurs sont cantonnés dans leur registre respectif. Parmi les rôles les mieux incarnés, nous retenons celui de Pierre Blanchar (médecin « spécialisé » dans une médecine interdite), celui de Harry Baur (prêtre n’ayant rien oublié de sa vie passée avant son entrée dans les ordres) et, surtout, celui de Louis Jouvet (tenancier d’un cabaret après avoir « vécu 3 ans seul sans sursis ») idéalement servi par les dialogues ciselés d’Henri Jeanson.

Une variété de personnages que nous retrouvons également dans la mise en scène. Celle-ci est adaptée au profil de chaque ex prétendant : pour exemple, les cadrages en biais des scènes où apparaît Pierre Blanchar, médecin hors-cadre et à la vie bancale. Une mise en scène inventive qui a probablement contribué à l’obtention, en 1938, du prix du meilleur film étranger au festival de Venise. Une distinction qui ouvra les portes Hollywoodiennes à son réalisateur sans qu’il puisse réellement s’y adapter. Julien Duvivier, auteur libre, a rapidement rejeté le système standardisé d’Hollywood.

Voici le temps des assassins (1956) – Julien Duvivier

Chatelin (Jean Gabin) est un restaurateur réputé des Halles de Paris. Il a pris sous sa protection Gérard (Gérard Blain), jeune étudiant en médecine qui travaille pour payer ses études. Chatelin recueille également un jour Catherine (Danièle Delorme), fille d’une ex épouse apparemment décédée. Alors que Gérard tombe sous le charme de Catherine, celle-ci lui confie ses sentiments pour Chatelin.

Voici le temps des assassins

Présentation du film par Delphine Gleize.

Notre avis (3/5) : Dans Voici le temps des assassins, Julien Duvivier continue à régler ses comptes avec la gent féminine. A un Jean Gabin sympathique, paternaliste et très avenant, il oppose une mère et une fille comploteuses. Les deux femmes rivalisent sur le terrain des mensonges et autres manipulations. La perfidie est leur quotidien jusqu’à la folie.

Ce mélodrame noir en noir et blanc jouit d’indéniables qualités à commencer par une réalisation que nous sentons extrêmement maîtrisée. L’intrigue développée est bien écrite et servie par une mise en scène classique mais efficace. Tourné en décors naturels, le film navigue dans les Halles de Paris du milieu des années 50, ce qui, 60 ans après, en fait un beau témoignage historique, réaliste, quasi documentaire.

Larissa Chepitko

Histoire permanente des femmes cinéastes

L’ascension (1977) – Larissa Chepitko

Titre original : Voskhozhdenie

Biélorussie, hiver 1942. L’armée allemande progresse sur le front russe. De nombreux villages sont passés sous le joug nazi. Un détachement de partisans de l’Armée rouge fuit, et deux hommes (Boris Plotnikov et Vladimir Gostyukhin) sont envoyés à la recherche de ravitaillement. Un long et périlleux périple dans la steppe commence ; ils seront bientôt faits prisonniers.

L'ascension

Présentation, excellente, du film par Joël Chapron.

Sur toute la durée du festival, les projections se sont techniquement bien passées. Ce ne fut pas le cas lors de cette séance. Ici, c’est une copie sur pellicule qui est projetée, non restaurée et de qualité moyenne mais tout à fait acceptable. Ce n’est pas la pellicule qui est fautive mais bien le projecteur. A priori, l’unique projecteur non numérique du Pathé Bellecour semble battre de l’aile. Un défaut qui contraindra le projectionniste à sans cesse réajuster la netteté de l’image.

Notre avis (4.5/5) : Deux soldats russes partent chercher du ravitaillement dans une zone occupée par les nazis. Faits prisonniers et torturés comme leurs compagnons d’infortune, ils réagiront différemment au traumatisme vécu. Grâce à une mise en scène d’une précision rare, Larissa Chepitko parvient parfaitement à mettre en images les divergences psychologiques observées entre les personnages.

Par son atmosphère mystique et sa métaphore christique, L’ascension renvoie aux premières œuvres d’Andreï Tarkovski. Ainsi, l’étouffante ascension titre finale prend les apparences d’un chemin de croix dont nous savons, dès le début, où elle mènera les protagonistes… L’austérité du propos est visuellement renforcée par un noir et blanc contrasté.

Un drame psychologique poignant qui constitue un véritable choc marquant et inoubliable. Un récit fort qui fut récompensé de l’Ours d’or au festival de Berlin en 1977. Devenu rare, cet ultime film de Larissa Chepitko, décédée prématurément en 1979, doit être redécouvert et restauré de toute urgence.

Invitation à Sophia Loren

La ciociara (1960) – Vittorio De Sica

Cesira (Sophia Loren), surnommée « la Ciociara », vit avec sa fille Rosetta (Eleonora Brown), à Rome. Lorsque la guerre éclate et que Rome subit de terribles bombardements, Cesira décide de partir se réfugier dans son village natal, Santa Eufemia. Commence alors une véritable odyssée pour atteindre cet abri éloigné des atrocités de la guerre.

La ciociara

Notre avis (3/5) : Avec La ciociara, Vittorio De Sica dessine le portrait d’une Italie misérable et violente dans une période charnière (1943). Faut-il continuer à soutenir le Duce et les Allemands ou se ranger du côté des Anglais ? Basé sur des faits historiques réels, à commencer par les plus cruels, le film forme une boucle : fuir les atrocités de la guerre qui finalement vous rattrapent. Ainsi, alors que la paix s’annonce, de façon inattendue, le film bascule totalement dans sa dernière demi-heure très sombre…

Production franco-italienne oblige (il y avait beaucoup de collaborations cinématographiques France/Italie à cette époque), Jean-Paul Belmondo se voit doublé en italien. C’est surprenant dans un premier temps, mais comme le doublage est de qualité, il ne dénature pas l’interprétation, toute en sobriété, du jeune acteur. La mise en scène classique est précise et maîtrisée.

Ce mélodrame sombre et marquant repose entièrement sur les épaules de son actrice principale, la lumineuse Sophia Loren, magnifique de sensualité dans un rôle de femme de caractère, obstinée et vindicative. Son excellente prestation lui valut le prix d’interprétation à Cannes et l’Oscar de la meilleure actrice. Elle fut ainsi la première actrice étrangère à recevoir un Oscar dans un film non anglophone.

Voyage dans le cinéma français

Programmation par Bertrand Tavernier.

Le monte-charge (1962) – Marcel Bluwal

Une nuit de Noël à Asnières. Albert Herbin (Robert Hossein) vient de sortir de prison. N’ayant nulle part où aller, il erre dans les rues et entre dans un restaurant. Il y rencontre Marthe Dravet (Lea Massari) et sa fille. Il les raccompagne chez elles, où ils découvrent le cadavre du mari de Marthe.

Le monte charge

Présentation du film par Aurélien Ferenczi.

Notre avis (3.5/5) : Film méconnu, Le monte-charge est un excellent et remarquable film noir à la française. Ce long métrage prend appui sur un scénario classique et concis car épuré de toute digression. L’intrigue, commandée initialement par Henri-Georges Clouzot, est coécrite par l’écrivain Frédéric Dard et par Marcel Bluwal. Clouzot ne donnant finalement pas suite, Marcel Bluwal, auteur de nombreuses réalisations pour la télévision, saisit alors l’opportunité de réaliser son premier film pour le cinéma.

L’histoire prend forme autour de deux individus esseulés : une femme (Léa Massari) séduisante, mystérieuse et manipulatrice et, un homme (Robert Hossein) récemment sorti de prison et interdit de séjour dans le département de la Seine. Le pont enjambant le fleuve de même nom sera maintes fois traversé par les protagonistes renforçant la perception d’un film confiné dans un nombre restreint de lieux où les actions semblent se répéter. Le monte-charge du titre est celui qui permet d’accéder à l’appartement de Léa Massari, lieu central de l’intrigue.

Le film baigne dans une ambiance étrange et pesante renforcée par le fait que toute l’action se déroule sur une seule nuit, celle de Noël. Cette atmosphère est brillamment entretenue par une mise en scène à la fois efficace et discrète. A mi-parcours, l’entrée dans la danse du volubile Maurice Biraud redistribue les cartes et relègue le personnage incarné par Robert Hossein au second plan.

Olivia (1951) – Jacqueline Audry

Fin du XIXe siècle, dans une pension de jeunes filles près de Fontainebleau. Mademoiselle Julie (Edwige Feuillère) et Mademoiselle Cara (Simone Simon) sont les directrices de l’établissement. Depuis quelque temps, l’harmonie ne règne plus et la pension est divisée entre deux clans. Une nouvelle venue, Olivia (Marie-Claire Olivia), se rallie à Mademoiselle Julie, objet de tous les désirs, et lui voue amour et admiration.

Olivia

Présentation du film par Pascal Thomas.

Notre avis (1.5/5) : Olivia est l’adaptation cinématographique du roman éponyme de Dorothy Bussy écrit en 1933 et publié en 1949. Ici, Jacqueline Audry nous plonge dans le petit monde d’une pension de jeunes filles. Dans cet internat, tout est à sa place, sauf un livre dans une bibliothèque qu’une étudiante s’empressera de saisir en nous indiquant qu’elle est autorisée à le lire dans sa chambre ! Nous voilà embarqués dans l’égrainage, pendant 90 minutes qui en paraissent le double, des chamailleries et états d’âme de ces demoiselles sans qu’on puisse y trouver le moindre intérêt.

Nous ne dénombrons que quatre hommes dans le casting : le jardinier que nous verrons quelques secondes, mutique et de dos, en train de couper le traditionnel sapin de Noël, et les trois juges qui apparaissent dans le dernier quart d’heure et seront filmés au mieux de trois quarts dos. Ce film à l’univers trop bien rangé manque cruellement d’hormones masculines ! Aux nombreux clichés véhiculés, il faut ajouter une mise en scène d’une platitude qui n’a d’équivalent que celle de l’interprétation des actrices.

Jacqueline Audry ne cachait pas ses convictions féministes et aborde sans condamner le thème de l’homosexualité féminine. Un fait rare à l’époque, mais le traitement trop timide débouche sur un film daté rendu inoffensif par les années qui nous séparent de sa réalisation.

Ce film était programmé par Bertrand Tavernier qui sur son blog indique : « Jacqueline Audry a dirigé un petit corpus de films dont certains, comme le signale Jacques Lourcelles, osent aborder des thèmes tabous dans le cinéma français et qu’ils sont les seuls à évoquer à l’époque, en s’abritant souvent derrière le vernis du film à costumes, de la reconstitution ironique de la Belle époque. […] OLIVIA […] décrit l’univers d’un pensionnat de jeunes filles où l’amour et donc l’homosexualité féminine jouent un très grand rôle. Pas de DVD malheureusement pour ce beau film, photographié avec soin par Christian Matras.« 

Viva Mexico !

Enamorada (1946) – Emilio Fernández

Cf. section « Carte blanche de Martin Scorsese »

Le destin (1960) – Roberto Gavaldón

Titre original : Macario

Macario (Ignacio López Tarso), pauvre paysan, a bien des difficultés à nourrir sa famille. Sacrifiant souvent sa part pour la donner aux siens, il rêve du jour où il pourra dévorer seul un repas. Pour lui, son épouse vole une dinde, le « Jour des morts ». Macario est alors visité par trois esprits : Dieu (José Luis Jiménez), le Diable (José Gálvez) et la Mort (Enrique Lucero). Tous lui demandent de partager son festin.

Macario

Présent dans la petite salle du CNP Bellecour, le réalisateur mexicain Michel Franco découvre avec nous ce classique du cinéma mexicain (cf. article « Trois question à… » en page 3 du Lumière 2015 Le journal n° 7).

Notre avis (3/5) : Film de la fin de l’âge d’or du cinéma mexicain (i.e. schématiquement les années 50), Macario dépeint la réalité des paysans dans un quotidien âpre et cruel. Il a été le premier film mexicain sélectionné pour l’Oscar du meilleur film étranger.

Rapidement, par la triple rencontre faite par le personnage titre, ce drame s’approprie des attributs relevant du cinéma fantastique. Nous sommes alors face à un film hybride très convaincant. La mort qui accompagne Macario se révèle être le thème central du récit, mais à aucun moment Roberto Gavaldón n’use d’aspects morbides. Il s’attache, à bon escient, à ancrer son film dans les croyances et les traditions de son pays et de ses habitants. C’est intelligent et très bien réalisé. Seul un ton un peu moralisateur dans sa deuxième partie vient jeter un voile sur ce long métrage lumineux dont la photographie est remarquable.

Nouvelles restaurations

Section spéciale (1975) – Costa-Gavras

21 août 1941, un militaire allemand est abattu par un jeune militant communiste sur le quai du métro parisien. Trois hommes seront guillotinés à la place du coupable. Pourtant, le texte de loi qui les conduira à l’échafaud n’existe pas encore au moment des faits.

Section spéciale

Présentation du film par son réalisateur, Costa-Gavras.

Notre avis (3.5/5) : Section spéciale relate l’instauration en août 1941 d’une loi d’exception à effet rétroactif qui mènera à rejuger des « terroristes » communistes déjà emprisonnés et purgeant des peines légères. Certains de ces jugements déboucheront sur la peine capitale sans possibilité de recours et avec exécution immédiate ! L’illégal est légalisé par les se(r)vices du gouvernement de Vichy. C’est la Section spéciale titre qui sera chargée de cette parodie de justice dont l’objectif était de devancer les demandes de représailles de l’occupant allemand.

Le casting impressionne par la distribution parfaite de tous les rôles, des plus importants aux plus secondaires. Chaque acteur est à sa place et joue parfaitement sa partition. Si le film souffre un peu de quelques raccourcis scénaristiques, il constitue néanmoins un excellent témoignage historique. Dans la lignée de ses précédents films politiques (Z, L’aveu), Costa-Gavras dresse ici un portrait réquisitoire et sans concession sur une justice française à la botte de l’occupant. La reconstitution historique également précise et d’un excellent niveau renforce ledit témoignage historique.

L’histoire officielle (1985) – Luis Puenzo

Titre original : La historia oficial

Roberto (Héctor Alterio) et Alicia (Norma Aleandro) mènent une vie tranquille sous la dictature argentine, avec Gaby (Analia Castro) leur petite fille adoptive de 5 ans. Une amie parle à Alicia de la vente d’enfants arrachés aux opposants du pouvoir. Celle-ci commence à soupçonner que sa fille pourrait être l’un de ces enfants.

L'histoire officielle

Présentation du film par Régis Wargnier.

Notre avis (2.5/5) : Dans L’histoire officielle, Luis Puenzo aborde la douloureuse expérience des enfants argentins retirés à leurs parents, les desaparecidos, accusés d’être des opposants à la dictature militaire qui avait alors cours en Argentine. Ces enfants étaient ensuite placés dans des familles adoptives qui ignoraient (ou pas ?) leur origine.

Ces évènements cruels de 1978 sont relatés par Luis Puenzo seulement sept ans après les faits. Un sujet éminemment politique et certainement encore trop sensible et trop récent pour accoucher d’un film accusateur tel que, par erreur, nous l’espérions. De ce film nous attendions plus de radicalité et une critique politique plus corrosive, mais, replacé dans son contexte, nous devons reconnaître l’extrême courage nécessaire pour réaliser et produire un tel geste expiatoire. Ainsi, la sortie du film dans les salles argentines en avril 1985 était concomitante au procès de la junte militaire. L’année suivante, L’histoire officielle obtint l’Oscar du meilleur film étranger.

Trésors des archives

Quatre de l’infanterie (1930) – Georg Wilhelm Pabst

Titre original : Westfront 1918

Première Guerre mondiale. Un groupe d’infanterie allemand vit dans les tranchées, entre attaques et tirs d’artillerie. Tandis que l’un des plus jeunes (Hans-Joachim Möbis) s’éprend d’une Française (Jackie Monnier), Karl (Gustav Diessl) découvre les terribles effets de la guerre sur sa famille lors d’une permission.

Quatre de l'infanterie

Notre avis (3.5/5) : Dans Quatre de l’infanterie, adaptation du livre éponyme d’Ernst Johannsen, Georg Wilhelm Pabst dépeint la vie sur le front de la 1ère Guerre mondiale (GM) de quatre soldats de l’infanterie allemande mais aussi celle loin des lieux de combats. La mise en parallèle de ces deux mondes puis leur confrontation se déclinent en une analyse pertinente jusqu’à l’antagonisme. Ainsi, par exemple, certains civils perçoivent les soldats permissionnaires comme des privilégiés éloignés des problèmes de ravitaillement…

Sans réelle intrigue, le film, réceptacle de nombreux travellings, fait s’achever chaque scène par un fondu au noir et établit lentement des liens entre les personnages. Le réalisateur joue ici clairement la carte du pacifisme. Cependant, son long métrage n’en est pas moins sombre par son réalisme. Les atrocités de la 1ère GM – combats, blessures, mort, folie… – ne sont nullement éludées. Un traitement objectif et un refus de tout héroïsme qui valurent au film une interdiction d’exploitation lorsque le gouvernement national-socialiste prit le pouvoir en Allemagne en 1933. Nous pouvons malgré tout regretter que le début de ce film germanique caricature l’autre belligérant à l’unique rôle d’une jeune femme française très fraternelle avec l’occupant allemand.

Avec Quatre de l’infanterie, Georg Wilhelm Pabst signe son premier film parlant. Les prises de sons n’ont certes pas été effectuées en direct, mais la postsynchronisation des dialogues et des bruitages est de très grande qualité. Sachant qu’en 1930 il n’y avait pas de véritables techniques de mixage, pour que les bruits de la guerre viennent se superposer aux dialogues des soldats, il a été procédé à l’insertion manuelle, entre les dialogues et entre les mots, de morceaux de bande-son sur lesquels étaient enregistrés des explosions. Un travail conséquent et minutieux qui révèle une réelle virtuosité dans l’utilisation faite des sons.

La bataille du siècle (1927) – Clyde Bruckman

Titre original : The battle of the century

Laurel (Stan Laurel) est un boxeur bien chétif qui accumule les knock-out. Hardy (Oliver Hardy), son manager, décide de contracter une assurance en son nom et essaie d’arranger un accident afin d’en récolter l’argent. Mais quand un livreur de tartes (Charlie Hall) glisse sur une peau de banane, placée là intentionnellement, débute un combat généralisé dans lequel les pâtisseries fusent.

La bataille du siècle

Deuxième présentation mondiale de la version intégrale du très célèbre court-métrage La bataille du siècle. Présentation du ciné-concert et accompagnement au piano par Serge Bromberg (président de la société Lobster).

Notre avis (3.5/5) : Réalisé en 1927, le court métrage La bataille du siècle est resté très longtemps invisible dans son intégralité. Enfin retrouvé et restauré dans la foulée, le film déroule sur près de vingt minutes une introduction montrant Laurel en boxeur chétif et Hardy en manager roublard puis la célébrissime bataille de tartres à la crème qui ne tarde pas à sa généraliser. Durant la bataille titre, entre interprétations et improvisations, le tandem LaurelHardy s’en donne à cœur joie dans un enchaînement burlesque et fatal jusqu’au rituel chaos final et irrationnel. Le spectacle, à l’image de la bataille mise en scène, est gigantesque et aussi simple que jubilatoire, un excellent moment.

Ressorties

La vallée de la peur (1947) – Raoul Walsh

Titre original : Persued

Jeb Rand (Robert Mitchum) attend, dans un ranch abandonné, les hommes qui viennent pour le tuer. Il se souvient de son enfance. Une enfance orpheline, marquée par la haine et par l’étrange vision de bottes à éperons, allant et venant sur un parquet de bois…

La vallée de la peur

Notre avis (2.5/5) : Certes la restauration de La vallée de la peur est d’une grande qualité, tout comme sa photographie et sa mise en lumière, pour autant Raoul Walsh ne propose rien de nouveau. C’est un western dont l’histoire nous a été maintes fois racontée : une revanche mûrie depuis l’enfance et devenue objectif quasi unique du héros central incarné par Robert Mitchum, dans un de ses premiers grands rôles. Un récit agrémenté de la traditionnelle idylle amoureuse qui ici cependant a des reflets psychanalytiques qui viennent densifier le propos. Ainsi, les obsessions passées rejoignent les obsessions présentes des personnages, entre revanche et amour.

Curiosités des années 1980

Double messieurs (1986) – Jean-François Stévenin

François (Jean-François Stévenin) a 40 ans et une vie sans histoire. Une femme, une fille et un bon boulot. Un jour, il découvre Léo (Yves Afonso), son copain de colonie de vacances, sur la couverture d’un roman policier. Ensemble, ils ont beaucoup joué avec le feu, et avec l’autre, « le Kuntch » (Serge Kuntchinski), leur souffre-douleur d’alors… François cherche Léo, vieux gamin surexcité. Leur vient alors l’idée de retrouver Kuntch.

Double messieurs

Après nous avoir présenté son film, l’acteur-réalisateur Jean-François Stévenin restera dans la petite salle du CNP Bellecour pour redécouvrir avec nous son propre film, Doubles messieurs. En fin de projection, toujours aussi accessible, il répondra volontiers aux questions de son auditoire. Durant cette séance de questions-réponses, il nous annoncera notamment que ses trois films sont en cours de restauration et feront peut-être partie de la programmation du festival Lumière 2016… Le rendez-vous est pris.

Notre avis (3.5/5) : Nous pourrions résumer l’argument de Double messieurs ainsi : deux amis d’enfance incarnés par Jean-François Stévenin et Yves Afonso à la recherche d’un troisième marié à Carole Bouquet. De ce postulat de base simple, Jean-François Stévenin orchestre un film atypique qui peut s’apparenter à un road movie sur les traces d’un ami d’enfance perdu de vue depuis de longues années.

Une sorte de chasse à l’homme où la trame dramatique aurait été remplacée par son équivalent comique, rocambolesque voire burlesque pour certaines des situations mises en images. Ici, l’acteur-réalisateur propose un mode de narration très particulier accentué par un montage libre et sans académisme. Imprévisible de son début jusqu’à son terme, le film enchaîne les scènes écrites dans lesquelles le réalisateur laisse ses acteurs s’exprimer librement. Un petit jeu dont les règles sont parfaitement maîtrisées par Yves Afonso, irrésistible en mode « doublure de Jean-Paul Belmondo« .

Dans Double messieurs, l’idée maîtresse semble être de ne répondre à aucun standard. Au final et pour notre plus grand bonheur, nous découvrons un film très singulier, absolument pas formaté et définitivement inclassable. Un film rare, trop rare dans le cinéma français.

Sublimes moments du muet

La bataille du siècle (1927) – Clyde Bruckman

Cf. section « Trésors des archives »

Larmes de clown (1924) – Victor Sjöström

Cf. section « Carte blanche de Martin Scorsese »

La terre (1930) – Alexandre Dovjenko

Cf. section « Carte blanche de Martin Scorsese »

Grandes projections

Don Giovanni (1979) – Joseph Losey

Don Giovanni (Ruggero Raimondi) s’est introduit, avec l’aide de son valet Leporello (José Van Dam), dans la demeure de donna Anna (Edda Moser) pour la séduire. Il rencontre le commandeur (John Macurdy), père de donna Anna, qui le défie en duel. Le commandeur est tué, don Giovanni s’enfuit. Donna Anna fait alors promettre à son fiancé don Ottavio (Kenneth Riegel) de venger son père.

Don Giovanni

Monsieur Nicolas Seydoux, grand patron de Gaumont, est dans la salle pour nous présenter Don Giovanni dont sa société était la productrice. Par un sondage à main levée, il constate qu’environ un quart des spectateurs a déjà vu le film, et décrète en conséquence qu’il n’a rien à nous apprendre sur celui-ci !? Il se propose alors de nous présenter le film réalisé par Joseph Losey d’un point de vue financier !?

Une décision que les cinéphiles présents dans la salle auront certainement grandement appréciée. Une présentation dont il ressort finalement que Monsieur Seydoux, près de quarante ans après les (mé)faits, semble encore regretter l’échec commercial que fut ce film. Bien que cet opéra de Mozart soit mondialement connu, le film a été un succès en France et nulle part ailleurs. Un flop que nous pouvons expliquer…

Notre avis (1/5) : Don Giovanni a été tourné à Venise dans des décors intérieurs (édifices de Palladio) et extérieurs somptueux et privatisés pour l’occasion. Il y a là matière à satisfaire les réalisateurs les plus exigeants. Malheureusement, la mise en scène de Joseph Losey est désespérément absente ! Tout est filmé à hauteur de regard sans jamais utiliser la beauté des lieux, aucun volume n’est exploité, aucune perspective, pourtant nombreuses, n’est accrochée. Les mouvements et déplacements de l’unique (!) caméra sont inversement proportionnels à ceux demandés aux acteurs… La seule préoccupation du metteur en scène semble alors de « bien » placer la caméra pour étirer à moindre effort chaque plan-séquence. Il s’agit bien là d’un problème de mise en scène et non de repérage car il y a peu de redondance dans les lieux filmés.

Nous soupçonnons que le tournage sur place ne s’est pas bien passé et a pris du retard. Nous voilà ainsi les heureux spectateurs de deux scènes filmées dans les décors d’un théâtre : la première du film et, beaucoup plus gênant, une scène en plein milieu du second acte ! L’objectif, rappelé en préambule par Monsieur Seydoux, de tourner un opéra comme un film, est donc tout aussi loupé que ledit film !

Que pouvons-nous sauver de ce marasme ? La bande-son évidemment puisque que cet opéra est l’œuvre de Mozart. Devant la « médiocrité » de la mise en scène, notre réflexe a donc été de nous concentrer sur l’œuvre musicale dont le spectateur peut effectivement profiter… par intermittences. La copie visionnée à été restaurée notamment au niveau du son qui a été « gonflé » (la copie originale semblait souffrir de faiblesses). Malheureusement, le volume sonore trop élevé des chants masque la partition musicale de Mozart dont nous pouvons donc profiter… quand les chants se sont tus !

Un critique de cinéma américain avait conclu son avis par quelque chose du type : achetez le CD, il est très bien ! Voilà qui résume parfaitement notre sentiment…

Ivan le Terrible (1945) – Sergueï Eisenstein

Titre original : Ivan Grozniy

Tout juste couronné tsar, Ivan, dit « le Terrible » (Nikolaï Tcherkassov) doit faire face à de nombreux ennemis, menés par sa propre tante Euphrasinia (Serafima Birman), qui cherche à faire monter sur le trône son fils Vladimir (Pavel Kadochnikov).

Ivan le terrible

Présentation du film par Igor Bogdasarov (Deputy Director General of Mosfilm). Mosfilm, société de production cinématographique majeure de Russie, s’est engagée dans un ambitieux programme de restauration des plus mémorables films russes. Mosfilm suit le sillon tracé depuis quelques années en France par la société Pathé Gaumont. Parmi les films récemment restaurés et numérisés, il y a Ivan le Terrible du maître incontesté du cinéma russe Sergueï Eisenstein.

Notre avis (5/5) : Ce film relate le couronnement du tsar Ivan dit « Le Terrible » et les luttes de pouvoir tant internes qu’externes qui suivront ce couronnement. Le côté « Terrible » d’Ivan est mis en sourdine par Sergueï Eisenstein, le tsar est présenté en rassembleur et grand guide du peuple. Le degré de véracité du propos historique est ici secondaire. Cependant, si la première partie glorifie amplement le tsar, la seconde partie se montre plus dénonciatrice et fut censurée en Russie jusqu’en 1958.

Ce qui importe et qui frappe les esprits dès les premières minutes de projection, c’est la beauté du film, des décors, des costumes, des personnages. Absolument tout ici est démesuré. Trois heures durant lesquelles se succèdent des plans-séquences à l’esthétisme époustouflant. La mise en scène est prodigieuse de bout en bout. Avec ses fabuleux jeux d’ombres, la mise en lumière est à l’avenant. Invariablement, tout est calculé, tout est réfléchi, tout est recherché et travaillé à l’extrême.

Œuvre d’un cinéaste perfectionniste, Ivan le Terrible est l’un des rares films du cinéma mondial où la mise en scène et la mise en lumière incarnent des personnages à part entière. La virtuosité technique et la beauté plastique sont au service d’un récit épique et fascinant. Un film monumental, prodigieux et vertigineux qui relève de l’art au sens premier du terme.

Le projet cinématographique initial devait déboucher sur un film en trois parties. Malheureusement, seuls les deux premiers volets auront été produits. Décédé début 1948, Sergeï Eisenstein n’aura pas eu le temps de boucler sa trilogie. Le troisième volet, pressenti en couleurs (la fin de la deuxième partie est en couleurs), ne verra malheureusement jamais le jour…

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