Dogman – Entre chien et loup

Dans Dogman, Matteo Garrone s’inspire d’un violent fait divers italien de la fin des années quatre-vingts pour questionner notre rapport à la violence et notre esprit de vengeance. Au-delà de la pertinence du regard porté par le réalisateur sur une Italie en déshérence, Dogman brille aussi par la performance de son acteur principal atypique, Marcello Fonte. Le Prix d’Interprétation masculine qui lui a été attribué à l’issue du festival de Cannes 2018 semble pleinement mérité.

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

Dans la première scène de Dogman, le temps d’un shampoing, Marcello (Marcello Fonte) parvient à apprivoiser un molosse. D’autres chiens plus ou moins dociles passeront entre ses mains expertes de toiletteur pour canidés. Mais Marcello sera aussi appelé à tenter d’apprivoiser un autre molosse, du genre humain celui-ci, en la personne de Simoncino (Edoardo Pesce) au blouson estampillé « Uncle Sam » ! Grand, costaud et peu cérébral, ce dernier forme un paire dépareillée avec Marcello, petit, malingre et scrupuleux.

Sa boutique baptisée Dogman et quelques petits trafics semblent permettre à Marcello de vivre une vie sans envergure à Villaggio Coppola. Cette station balnéaire défraîchie et désertée, véritable personnage à part entière de Dogman, est remarquablement filmée par Garrone. Le long métrage livré gagne là ses galons de film au réalisme social âpre et teinté de violence. Ce délabrement visible de Villaggio Coppola figure , dans une certaine mesure, celui de la société italienne.

L’auteur de Gomorra (2008) convainc cependant moins dans sa façon de mener son récit. La matière est pourtant là, librement inspirée d’un sordide fait divers qui avait profondément choqué l’Italie. Si en 1988 et longtemps après, cet évènement avait fait s’interroger la société italienne dans son rapport avec la violence, Dogman questionne en 2018, à travers le personnage de Marcello, notre rapport à la violence tout aussi pacifiste qu’on puisse être.

Film de vengeance d’un David contre un Goliath, le schéma narratif adopté apparaît manichéen. Le film peine par ailleurs à trouver son rythme. La cause en revient principalement à une intrigue qui tarde à se mettre en place. Dogman n’est pas non plus servi par son fil narratif secondaire centré sur Marcello et sa fille. Une fois amorcé, ce récit parallèle fait du surplace pour ne jamais aboutir. L’épilogue  attendu violent l’est. Garrone prend cependant soin de ne pas esthétiser la violence mise en scène et la place essentiellement hors du champ de sa caméra.

Présent dans tous les plans, Marcello Fonte porte le film à bout de bras. Dans une grande économie de jeu, il parvient à faire étalage de la faiblesse et de la solitude de son personnage. Il livre une belle performance d’acteur passant beaucoup par le langage du corps. Cette prestation justifie pleinement son Prix d’Interprétation masculine reçu lors de l’édition 2018 du festival de Cannes.

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