Un beau soleil intérieur – Les reflets du genre humain

Présenté en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs 2017, Un beau soleil intérieur de Claire Denis chronique les fragments de la vie sentimentale de son héroïne principale interprétée par Juliette Binoche. En reflet, la galerie de portraits masculins, rehaussée par une bande-son jazzy composée par Stuart A. Staples, expose les faiblesses du genre humain.

Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.

La filmographie de Claire Denis brille par la diversité des genres visités, des univers créés mais aussi par un style souvent audacieux confinant parfois à une radicalité marquée. Avec Un beau soleil intérieur, la réalisatrice continue de surprendre en abordant pour la première fois un registre dans lequel nous ne l’attendions pas, celui de la comédie sentimentale.

Initialement, Claire Denis souhaitait adapter au cinéma Fragments d’un discours amoureux. L’essai de Roland Barthes demeure la source d’inspiration principale de la réalisatrice et de sa coscénariste Christine Angot. Le récit écrit à quatre mains fait en effet étalage des fragments de la vie amoureuse d’Isabelle incarnée par Juliette Binoche. Jouant sur une large gamme émotionnelle, l’actrice, radieuse et sensuelle, irradie ce Beau soleil intérieur bien plus que la photographie d’Agnès Godard qui, sur un tournage de cinq semaines principalement en intérieur et crépusculaire, cultive la luminosité mesurée typique du cinéma de Claire Denis.

Proche des corps, la caméra magnifie les grains de peau, les formes charnelles et la finesse des traits mais n’instaure pas l’atmosphère fiévreuse ressentie dans les précédents films de la réalisatrice. Un beau soleil intérieur appartient à un cinéma plus classique articulé autour de rencontres sentimentales véhiculant quelques clichés. Des rencontres annoncées par un synopsis lapidaire qui sonne comme une petite-annonce de rencontre que l’héroïne aurait rédigée.

Sans réelle progression dramatique, le scénario repose avant tout sur des dialogues sarcastiques raillant les travers des comportements des protagonistes masculins. Un carrousel d’hommes défile dans le champ de la caméra : un banquier marié machiste (Xavier Beauvois), un acteur indécis (Nicolas Duvauchelle), un voisin lunaire (Philippe Katerine), un ex-mari (Laurent Grevill) ou encore un collègue galeriste jaloux (Bruno Podalydès). Entre séduction et mépris, comportements galants et odieux, les portraits masculins tracés sur fond de questions existentielles dessinent en creux celui d’Isabelle, peut-être le plus sombre de tous.

C’est un véritable panel sociologique qui est mis en images au fil des rendez-vous qui confrontent Isabelle à ses conquêtes masculines. L’approche éminemment féminine alourdie de quelques truismes teintés de parisianisme interroge le désir et l’incompatibilité émotionnelle d’Isabelle face à ses prétendants. Le propos ne se voit cependant pas brider dans une vision contrainte par le genre, qu’il soit masculin, féminin ou cinématographique.

L’ultime rendez-vous satisfait par Isabelle accompagne le générique de fin. Un énième face-à-face qui la confrontera à l’insolite personnage interprété par Gérard Depardieu. Inattendue et savoureuse, la scène s’étire sur un quart d’heure. Dans ce soliloque final, le comédien devise sur le « lâcher prise » et lance à son interlocutrice cette réplique : « Open… Restez open… Repérez le grand chemin de votre vie et vous retrouverez un beau soleil intérieur ».

Dénué de radicalité narrative et formelle, Un beau soleil intérieur, petit exercice de style sentimental, s’affiche comme le film le plus abordable parmi ceux réalisés par Claire Denis. Malgré tout, ce prologue contient les indispensables clés de lecture d’un long-métrage brillant de reflets narratifs si ténus et subtiles qu’ils ne seront perceptibles qu’aux yeux des spectateurs qui, en « lâcher prise », devront rester « open » au cinéma singulier de la réalisatrice.

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