Mindhunter – Fouilles mentales

Mindhunter est une série Netflix créée par Joe Penhall et adaptée de l’essai Mindhunter : Dans la tête d’un profileur de John E. Douglas. Elle aborde les prémices du profilage psychologique des tueurs en série, figures traitées par David Fincher notamment dans Zodiac (2007), film auquel Mindhunter renvoie tant sur le fond que sur la forme. Fincher figure parmi les coproducteurs de cette série Netflix et a réalisé les deux premiers et deux derniers épisodes d’une première saison qui en compte dix.

Comment anticiper la folie quand on ignore comment fonctionnent les fous ? Deux agents du FBI (Jonathan Groff et Holt McCallany) imaginent une enquête aux méthodes révolutionnaires et se lancent dans une véritable odyssée pour obtenir des réponses.

En 1977, Holden Ford (Jonathan Groff) et Bill Tench (Holt McCallany), épaulés par une docteure en psychologie comportementale (Anna Torv), s’engagent dans l’élaboration d’une technique de profilage psychologique des « sequence killers ». Le terme « serial killers » n’apparaîtra que plus tard dans la série et dans le langage commun. Ces deux agents du FBI mènent des entretiens avec des criminels en série emprisonnés pour tenter de comprendre et expliquer leurs motivations, leur mode de pensée et leurs ressentis.

Certes Mindhunter reprend le concept de la série Esprits criminels (2005) mais l’aborde de façon très originale. En délaissant violence et action, les concepteurs de la série ont pris un pari audacieux et inscrivent Mindhunter au rang des séries rhétoriques et psychologiques très documentées.

Fincher montre la voie dès la remarquable séquence d’ouverture où la parole se substitue à l’action. Le premier épisode se révèle un brin académique mais à bon escient. Il s’agit ici d’exposer la théorie sur laquelle va prendre appui les neuf autres épisodes. Notons au passage que l’utilisation d’une scène de Dog day afternoon (1975, Sidney Lumet) comme support d’étude lors d’un cours magistral est un moment que les cinéphiles sauront apprécier.

Le premier épisode de Mindhunter suscite l’intérêt, les suivants fascinent. Car après la théorie, nos deux héros passent à la pratique et parcourent les États-Unis pour interroger des « sequence killers ». Durant les interrogatoires et leur débriefing sur le chemin du retour, Holden et Bill jouent de deux unités d’œuvre : la parole et l’étude comportementale. Chaque entretien, imprévisible et brillamment écrit, apporte des éléments venant alimenter leur théorie de profilage naissante. Ces techniques comportementalistes sont par ailleurs appliquées par les deux agents du FBI durant les enquêtes qu’ils mènent en parallèle. David Fincher, Asif Kapadia, Tobias Lindholm et Andrew Douglas jouent sur un montage alterné des entretiens et des enquêtes pour échapper à l’aspect monolithique qui menaçait la série.

Un malaise certain résulte de la description par leurs auteurs des actes criminels perpétrés et derrière lesquels des désirs de possession, des penchants fétichistes et la figure d’une mère castratrice apparaissent. Le trouble grandit encore quand on a connaissance que ces actes sont inspirés de faits réels commis par des tueurs en série tels que Jerry Brudos, Dennis Rader ou encore Richard Speck. Mindhunter laisse cependant la part belle à Edmund Kemper accusé de dix meurtres dont celui de sa mère et de ses grands-parents paternels. Cameron Britton incarne superbement ce colosse spécialiste de l’art de raconter aux enquêteurs ce qu’ils veulent entendre. Il nait de ses entretiens un trouble et une intensité indescriptibles. Mindhunter assure ici son caractère psychologique sans jamais verser dans des travers psychologisants.

Enfin, exception faite du premier épisode, notons que les scènes de pré-générique composent un récit elliptique qui met en scène Edmund Kemper alors jeune et encore en liberté. Cette histoire dans l’histoire annonce peut-être le contenu d’une saison 2 déjà confirmée par Netflix. Voilà qui rend encore plus grande notre attente de cette deuxième saison.

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