La particule humaine – Faire style fertile

Nous connaissons peu l’œuvre cinématographique de Semih Kaplanoglu. Ce cinéaste turc a pourtant été lauréat de l’Ours d’or 2010 pour Miel dont nous venons de rendre compte dans nos colonnes (Douceur visuelle). Sept ans plus tard, Kaplanoglu nous amène sur des sentiers bien différents avec La particule humaine. Difficile en effet d’établir une filiation certaine entre cette dernière réalisation en date et Miel, si ce n’est une appétence certaine à calibrer avec soins les compositions visuelles imaginées.

Dans un futur proche et incertain, un brusque changement climatique a mené la vie sur Terre vers son extinction. Dans ce monde aux frontières redessinées, les migrants sont parqués dans des camps en attendant de pouvoir intégrer les villes protégées par des boucliers magnétiques. Le chemin du Pr. Erol Erin, généticien spécialiste des semences, va croiser dans la région des « Terres Mortes », celui du Pr Cemil Akman, qui a dû quitter la ville à cause de ses recherches. Le voyage qu’ils vont entreprendre à la recherche des graines qu’ils pourront faire germer, va bouleverser tout ce qu’Erin a connu jusqu’ici…

Dès les premiers photogrammes de La particule humaine, les ambitions de Semih Kaplanoglu apparaissent à l’écran. Il y a d’abord ce noir et blanc parfaitement calibré dont le long-métrage ne se dépariera pas jusqu’à son terme. Le cinéaste turc place visiblement son ambition sur l’esthétique de ses compositions dont une ambiance énigmatique émane très rapidement. Une atmosphère étrange certes mais, et cela est remarquable, elle ne nous paraît pas totalement étrangère. Il se dégage en effet du microsystème mis en œuvre une familiarité étrange.

L’ambiance ainsi instaurée sied à merveille au film dont l’objet principal réside dans un récit post-apocalyptique. C’est celui d’un chaos écologique issu de manipulations génétiques infructueuses, de conflits, d’épidémies et autres pluies acides. La particule humaine fait ainsi table rase de la vie sur terre telle que nous la connaissons. Les paysages splendides filmés, désertiques et/ou abandonnés, nous invitent à visiter un monde futur dont la sensation de proximité questionne d’autant que, sans repères temporels, la temporalité de l’action restera indéterminée.

Ces extérieurs se fondent avec d’une part un casting serré et avec d’autre part des dialogues comptés. En effet, l’intrigue s’articule autour de deux personnages généticiens interprétés par Jean-Marc Barr et Ermin Bravo et le voyage proposé est affaire avant tout de réflexions intérieures. La recherche de semences parfaites se double ainsi d’une quête d’identité. Le propos du film est porté sur un combat d’ordre écologique pour redonner vie à la région des « Terres mortes », là où le territoire est devenu infertile. En sous texte, Kaplanoglu aborde aussi la question migratoire et le refoulement/parcage des migrants devenu systémique.

Au final, l’ambition mise dans La particule humaine nous paraît être double. Elle apparaît tant sur la forme que sur le fond. En comparaison, l’ambition de Miel réalisé en 2010 par Kaplanoglu nous avait paru bien plus portée sur la forme que sur le fond. Ici, La particule humaine gagne donc un juste équilibre. Le revers de la médaille est le risque pris par le cinéaste turc de se couper d’une partie de son public. L’ambition et l’exigence faites de peu de mots de la narration requiert l’adhésion des spectateurs qui devront se montrer attentifs au schéma narratif déployé. Sans le respect de ce prérequis, le visionnement de La particule humaine se révélera probablement stérile, à tort.

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