Les confessions – L’équation des secrets

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Dans Les confessions, Roberto Andò réunit en conclave un large casting international pour figurer un G8 peut-être pas aussi fictionnel qu’espéré. En faisant d’un moine Chartreux, incarné par Toni Servillo, le principal suspect d’un possible meurtre du directeur du FMI, le cinéaste italien et son coscénariste Angelo Pasquini entretiennent soigneusement le mystère d’une étrange affaire. Entre symbolisme et vérisme, ce faux thriller politico-économique en quasi huis clos déroule un scénario dont la rigueur et la précision rivalisent avec celles de la mise en scène.

Quelque part en Allemagne des dirigeants politiques du G8 et le directeur du FMI se réunissent en vue d’adopter une manœuvre secrète aux lourdes conséquences. Mais tout ne va pas se dérouler comme prévu à cause du décès du directeur du FMI.

L’une des premières séquences des Confessions suit en vue aérienne une limousine jusqu’à son lieu de destination, un hôtel allemand. Le théâtre des opérations sera celui des intérieurs luxueux de cet établissement où sont réunis les ministres de l’économie des pays composant le G8. Le directeur du FMI incarné par Daniel Auteuil est rapidement retrouvé mort. Est-il la victime d’un meurtre, s’est-il suicidé ? Craignant les réactions des marchés financiers face à un décès inexpliqué, les membres du G8 décident de taire l’évènement et de mener l’enquête en interne et en quasi huis clos.

L’intime morale politique

Sur fond d’une grande réunion économique décisionnelle, Roberto Andò propose un nouveau film politique. En 2013, Viva la libertà traitait de la lutte du principal parti politique d’opposition italien pour gagner les élections. Dans Les confessions, la politique économique mondiale succède au petit monde politique transalpin.

Nous notons quelques autres constances entre les deux dernières réalisations du cinéaste italien. Pour le rôle principal, nous retrouvons ainsi Toni Servillo. Son double personnage tenu dans Viva la libertà est ici troqué par celui d’un moine Chartreux. Etant le dernier à s’être entretenu lors d’une confession avec le directeur du FMI avant son décès, il est le suspect numéro un d’un possible meurtre. Son assujettissement au secret de la confession et aux principes de silence et de solitude dictés par l’ordre des Chartreux va complexifier de façon tangible la résolution de l’enquête. Une affaire au mystère soigneusement entretenu car seuls quelques flashbacks reviennent, par petites touches, sur l’entretien entre le directeur du FMI et le moine.

Comme pour Viva la libertà, le scénario à nouveau rigoureux et précis à été coécrit par le réalisateur et Angelo Pasquini. Très dialogué mais avec un personnage principal hiératique forcé de privilégier l’écoute, Les confessions instaure une dynamique de narration très spécifique. Le film emprunte aux codes du thriller mais ne peut être rangé dans ce genre cinématographique au même titre que La loi du silence (I confess), un film réalisé en 1953 par Alfred Hitchcock et que Roberto Andò référence explicitement.

Casting pluriel

Pour ce faux thriller entre politique et économie, le cinéaste italien a convoqué un large casting international pour figurer un G8 peut-être pas aussi fictionnel que nous le souhaiterions. Chaque nation membre de l’organisation est représentée par un de ses ressortissants : Pierfrancesco Favino (Italie), Marie-Josée Croze (Canada), Richard Sammel (Allemagne), Stéphane Freiss (France), Aleksei Guskov (Russie), Togo Igawa (Japon) et Andy de la Tour (Grande-Bretagne). Seul l’acteur britannique John Keogh déroge à cette règle en campant le ministre américain. Dans cette distribution chorale, les délégations française et allemande sont respectivement complétées par Lambert Wilson et Moritz Bleibtreu. Toujours parmi les rôles principaux, nous notons aussi la présence de l’actrice danoise Connie Nielsen et du comédien belge Johan Heldenbergh.

Conscients du pouvoir pourtant partiel qu’ils détiennent, les membres incarnés du G8 rivalisent de cynisme. Leur absence de scrupule face aux conséquences destructrices d’une mesure économique qu’ils souhaitent mettre en œuvre vaut pour symbole. Les excellentes prestations fournies par une distribution expérimentée sont dues à la qualité des acteurs réunis mais également à la direction sans faille de Roberto Andò. Comme dans Viva la libertà, le cinéaste parvient par exemple à exploiter tout le talent de Toni Servillo qui, dans un rôle de personnage mystérieux, joue sereinement une partition des plus opaques.

Mise en équation

En confrontant les représentants du G8 à un moine Chartreux, Les confessions, film ouvertement politique et moral, oppose le pouvoir politico-économique au monde spirituel, le secret de décisions économiques au secret de la confession. Pour autant, Roberto Andò n’érige pas la religion comme unique antidote aux injustices de notre époque.

Entre symbolisme et réalisme, servi par une mise en scène et des dialogues aussi efficaces que précis, Les confessions fait la démonstration que notre civilisation ne peut être résumée à une équation financière. Le sous-texte véhiculé conduit à une réflexion sur la gouvernance politico-économique mondiale, sa puissance et les dérives et excès qui en découlent. Le cinéaste italien témoigne ainsi avec brio des maux et des périls du temps présent. La formule recherchée est complexe, probablement insondable, parsemée d’inconnues mais n’en demeure pas moins révélatrice.

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