La femme la plus assassinée du monde – Au théâtre de l’étrange

La femme la plus assassinée du monde est le premier film de fiction réalisé par le distributeur et producteur Franck Ribière. Ce film de genre en langue française noue quelques liens narratifs et formels avec le cinéma d’Álex de la Iglesia dont Ribière est l’un des producteurs attitrés : Balada triste (2010), Un jour de chance (2011), Les sorcières de Zugarramurdi (2013). Ces quelques titres permettent de circonscrire l’univers macabre de La femme la plus assassinée du monde qui donne à voir sur Netflix le théâtre du Grand-Guignol sous toutes ses… sutures.

Dans le Paris des années 30, une actrice – connue pour sa mort sanglante au théâtre du Grand Guignol – fait face à un mystérieux harceleur et les démons de son passé.

Dans le rôle-titre, Anna Mouglalis incarne en chair et en os Paula Maxa, actrice-vedette maintes fois « flagellée, martyrisée, coupée en tranches, recollée à la vapeur, … » sur la scène du Grand-Guignol. Un rôle central dans un film qui n’est ni un biopic ni même un portrait de femme. L’étude du personnage de Paula Maxa porte plutôt sur son appréhension de ces mises à mort violentes et sanguinaires dont les mises en scène favorisaient l’aspect horrifique.

La femme la plus assassinée du monde relève bien plus d’un pur film de genre empruntant aux séries B. Dans un Paris des années 1930, Franck Ribière met en abyme le théâtre du Grand-Guignol pour questionner ce qui faisait sa popularité (acteurs et public fervent) ou la menaçait (manifestants bloquant l’accès au théâtre). Ainsi, sur la bande originale composée par Keren Ann mêlant musiques d’époque et sonorités modernes, le réalisateur donne alternativement à voir les coulisses et l’organisation du théâtre, la mise au point des nouveaux numéros et les représentations devant un public conquis et effrayé.

La photographie sombre de cette plongée gothique jusqu’au grotesque contribue à la mise en place d’une ambiance étrange et envoûtante d’un théâtre et d’un Paris aujourd’hui disparus. Un lieu et une époque qui ont fortement influencé le cinéma d’horreur au point que le terme « Grand-Guignol » est aujourd’hui employé pour célébrer les films d’épouvante outranciers.

A ce pan du film prenant appui sur des lieux et personnages réels, Ribière adjoint une part fictionnelle articulée autour d’un journaliste incarné par Niels Schneider. Ce fil narratif porte sur l’enquête menée sur un tueur en série qui va contraindre Paula Maxa à faire face à son passé traumatique. Cette intrigue policière étoffe le scénario de La femme la plus assassinée du monde mais le rend aussi plus confus. La faute en revient à une écriture imprécise cachant mal que ce récit a été ajouté au scénario initial. Cette partie polar du film est aussi affaiblie par un montage discutable des évènements qui la compose et qui vient rompre le rythme du film.

Cette première fiction réalisée par Ribière est plutôt concluante même si la photographie peut être jugée un peu trop sombre. La femme la plus assassinée du monde souffre cependant d’une direction d’acteurs perfectible. Si Anna Mouglalis convainc par son aisance naturelle et son charisme, Niels Schneider ne parvient pas à trouver la bonne distance avec son personnage de journaliste. Un rôle dans lequel le jeune acteur est peu crédible. Ce film de genre reste tout à fait recommandable notamment pour l’hommage rendu au cinéma et théâtre horrifique grand-guignolesque.

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