A dark, dark man – De l’esprit des lois

La part sombre (« dark ») du titre annonce ce qu’est A dark, dark man, à savoir un polar noir. Ce film réalisé par Adilkhan Yerzhanov suit dans la filmographie de celui-ci La tendre indifférence du monde (Duo kazakh et art occidental) qui fut en 2018 son premier film distribué en salles en France. A dark, dark man est cependant déjà le septième long-métrage réalisé par ce cinéaste kazakh pas encore quarantenaire. Autant de réalisations derrière lesquelles Yerzhanov apparaît aussi quasi systématiquement en tant que scénariste. Une double casquette que ce jeune cinéaste porte aussi sur ses… cinq prochains films ! Autant de réalisations dont il faudra scruter une éventuelle distribution en France. Talentueux et prolifique, cet auteur doit être suivi de près.

Bekzat est un jeune policier qui connait déjà toutes les ficelles de la corruption des steppes kazakhes. Chargé d’étouffer une nouvelle affaire d’agressions mortelles sur des petits garçons, il est gêné par l’intervention d’une journaliste pugnace et déterminée. Les certitudes du cow-boy des steppes vacillent.

L’affaire sordide relève ainsi d’un crime pédophile commis par un politicien véreux et que la police locale corrompue va chercher à maquiller pour faire porter la responsabilité sur un simple innocent. Adilkhan Yerzhanov suit les agissements mafieux et le cheminement moral de Bekzat (Daniar Alshinov). Celui-ci est un jeune policier qui se voit chargé d’effacer les traces de culpabilité et, par voie de conséquence, déchargé de tout respect des règles déontologiques. Dans les steppes désertiques kazakhes où l’action se situe, une journaliste (Dinara Baktybaeva déjà présente dans l’un des rôles principaux de La tendre indifférence du monde) sera peut-être le grain de sable qui grippera la mécanique mise en œuvre par la police locale. Car il est ici question de citer Montesquieu à travers son traité politique : De l’esprit des lois.

La localisation des faits dans le pays natal du cinéaste ne doit pas être perçue comme réductrice. Les faits sont là, au Kazakhstan peut-être et ailleurs sûrement. Yerzhanov se charge donc de dépeindre une société kazakh corrompue et violente comme dans La tendre indifférence du monde. De ce précédent film nous avions écrit que « Le début […] frappe par la composition des cadres et l’absence de dialogues. » Pareille formule peut être conservée pour A dark, dark man.

Ainsi, les steppes kazakhes précitées offrent au réalisateur de vastes étendues désertiques où seul une chaîne de montagnes lointaine vient barrer l’horizontalité. Ces lieux paraissent situés au milieu de nulle part. Les cadres soignés et sophistiqués que le cinéaste compose sont larges et viennent aérer une narration bouchée. Nous reconnaissons là encore la façon de faire qui animait déjà La tendre indifférence du monde. Le mise en images proposée fait donc contrepoint au contenu film.

L’autre élément venant contrebalancer la noirceur assumée du récit réside dans l’ironie, le burlesque et quelques touches de surréalisme que Yerzhanov a su insuffler dans son métrage. A dark, dark man brille donc de belles dissonances. On songe alors à Memory of murders (2003) réalisé par Bong Joon Ho devant les scènes décalées imaginées par le réalisateur-scénariste pour rendre compte des pratiques de la police locale. Ce mélange de tonalités contribue à porter la qualité de réalisation du film au-delà de celle constatée dans la plupart des films contemporains.

Enfin, le découpage du métrage en longs plans-séquence composés sur de rares travellings lents influe tant sur le rythme de la narration que sur la sensorialité du film. Visionner A dark, dark man place le spectateur dans une dimension spatio-temporelle spécifique qui permet de mieux rendre compte du cheminement intérieur de Bekzat. Un parcours de rédemption dont nous tairons l’issue.

Une réflexion sur “A dark, dark man – De l’esprit des lois

  1. Décidément, qu’il soit Kazakh, Chinois (une pluie sans fin) ou autre, la référence Bong pointe souvent le bout de sa caméra.
    Je note ce polar dont je n’avais pour l’instant qu’entrevu l’affiche.

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