Deux sous d’espoir – Quotidien payé cash

Le distributeur Les films du camélia poursuit ses belles initiatives en matière de cinéma de patrimoine. Ainsi, trois ans après la ressortie de L’enfer dans la ville (1959) de Renato Castellani, c’est au tour de Deux sous d’espoir du même auteur de bénéficier d’une version restaurée 4K et d’être de nouveau à l’affiche de nos cinémas. Malgré une Palme d’or obtenue lors du festival de Cannes de 1952, ni le film ni le cinéaste italien n’est entré dans la postérité du 7ème art. La faute en revient peut-être à l’ombre faite par Othello et son très médiatique auteur, Orson Welles, colauréat du Grand Prix (dénomination d’alors de la Palme d’or) de l’édition cannoise 1952.

Antonio, modeste ouvrier, rentre dans son village après son service militaire. La première joie du retour passée, il lui faut affronter les exigences de la vie : sa mère et ses deux jeunes sœurs sont à sa charge. Pour les nourrir et pouvoir épouser Carmela, Antonio se fait tour à tour sacristain, afficheur, laboureur, donneur de sang… Son amour pour Carmela lui donne tous les courages, mais s’il se rit de tout, la chance, elle, ne se décide pas à lui sourire.

Les deux Grands prix du festival de Cannes 1952 sont incomparables car ils partagent très peu de points en commun. Orson Welles et Renato Castellani font un usage très différencié du 7ème art et les publics cibles convoités par leurs travaux diffèrent tout autant.

Dans Deux sous d’espoir, puisqu’il est ici question de ce film, la part belle est donnée à des acteurs non professionnels. Aucune star ne vient agrémenter un casting dans lequel s’illustrent Vincenzo Musolino, Maria Fiore, Filomena Russo, Luigi Astarita, Luigi Barone dans les rôles principaux. Tous signent ici leur première apparition sur grand écran et seuls les deux premiers nommés incarneront au cinéma d’autres personnages par la suite. Malgré l’inexpérience des membres le composant, le casting réuni donne satisfaction et prouve, s’il en était encore nécessaire, les qualités de directeur d’acteurs du cinéaste italien.

En 1952, Castellani était déjà fort d’une expérience certaine acquise lors de la réalisation de ses six premiers films restés, il faut le reconnaître, confidentiels. Son septième film, Deux sous d’espoir, clôt un triptyque débuté avec Sous le soleil de Rome (1948) et poursuivi avec Primavera (1950). Le cinéaste aborde le néoréalisme italien de façon singulière. Ce genre cinématographique associé au formalisme prononcé de Castellani place ce dernier parmi les « calligraphes » auprès de Alberto Lattuada, Mario Soldati et Luigi Chiarini. Autant d’auteurs délaissés et méconnus même si l’œuvre cinématographique de Lattuada commence à être redécouverte dans les milieux cinéphiles.

Le néoréalisme pratiqué par Castellani n’a pas vocation à dénoncer mais plus volontiers à constater et montrer sans jamais verser dans le misérabilisme. Bien au contraire, si la dureté de la vie quotidienne des protagonistes n’est jamais feinte, il reste toujours une place pour un filet d’optimisme et/ou d’humour. Deux sous d’espoir ne déroge pas à ces caractéristiques.

Notons que l’appel à des acteurs inconnus sert pleinement le réalisme ambitionné. Ce choix colle très bien aux visées du film : conter, au mitan du siècle dernier, le quotidien de protagonistes lambda dans l’Italie du sud, pauvre et gangrénée par un chômage de masse. Le découpage abrupt du long-métrage (exempt de séquences de transition entre les scènes) conforte le sentiment d’être face à un récit sans temps mort. Deux sous d’espoir, film pleinement italien dans son oralité bavarde et généreuse, peut d’ailleurs souffrir par instant d’un sentiment de trop plein. La restitution de la vie d’alors n’en reste pas moins remarquable de précision et de véracité.

En 1952, André Bazin avait qualifié Deux sous d’espoir de « pur chef-d’œuvre » tout en ajoutant que Castellani nous donnait « une des plus belles, une des plus pures histoires d’amour du cinéma, […] témoignage le plus précis, le réquisitoire le plus impitoyable sur la misère rurale italienne en 1951. » Le terme réquisitoire nous paraît un peu fort mais l’authenticité qui ressort de Deux sous d’espoir en fait un film à découvrir ou redécouvrir séance tenante.

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