Interlude #3 – Superbia (Martti Helde)

Superbia est un court-métrage réalisé en 2014 par Martti Helde, déjà auteur la même année d’un premier long-métrage extrêmement ambitieux, Crosswind, solidement placé en première place de notre Top 2015.

Aux longs plans-séquences de Crosswind succède celui de Superbia. En fait, Martti Helde, très jeune cinéaste estonien, a composé son court-métrage d’une durée de seize minutes de deux plans-séquences… de seize minutes chacun ! Deux films en un défilent sur l’écran partagé en deux parties égales par une ligne horizontale. Cette ligne de démarcation, peut-être infranchissable, sépare les deux protagonistes enfermés chacun dans sa moitié d’écran.

Sur fond de questionnement de l’influence des figures paternelles et spirituelles, les dialogues entre les deux personnages sont vifs et quasi continus. D’abord en mode confession, ils évolueront jusqu’à rentrer en collision et ne former qu’un monologue l’espace de quelques instants. L’entrechoquement des échanges oraux annonce un autre point de rencontre, physique celui-ci.

Les deux plans-séquences, d’abord fixes et serrés, suivront ensuite les deux personnages. Les premiers mouvements de caméras permettront d’élargir les cadres pour mieux les exposer à une lumière extérieure rasante qui vient ainsi baigner un noir et blanc contrasté proche de celui de Crosswind. La rencontre programmée des deux protagonistes s’effectuera par un savant jeu d’ombres. La scène, extrêmement graphique, révèle de subtils mouvements très calculés dans des intérieurs aux dimensions finies par nature. L’exemplaire gestion en un double plan-séquence des espaces forme une boucle durant laquelle le fils prendra la place du père. L’immobilité observée dans la partie basse de l’écran symbolisera finalement la mort.

Expérimental sur de nombreux aspects, Superbia affiche les limites du procédé mis en oeuvre. La collision des dialogues sous-titrés en anglais sur le compte Vimeo de Martti Helde ne permettent pas une compréhension complète du court-métrage dès son premier visionnement. Mais après Crosswind et avant Scandinavian silence, Martti Helde confirme son appétence à un cinéma aussi technique que maîtrisé qui fait de ce jeune cinéaste estonien un digne héritier de Béla Tarr, autre figure essentielle du cinéma mondial.

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