La ballade de Buster Scruggs – Et de six qui font un ou presque

Du projet initial imaginé par Joel et Ethan Coen devait naître la première série écrite et réalisée par les deux cinéastes. Une sorte de mini-anthologie sur la conquête de l’Ouest américain devait émerger des six épisodes prévus. Six volets qui auraient pu s’inscrire comme autant de prolongements de True grit sorti en 2010. Las, les ambitions ont été revues à la baisse sous le prétexte officiel que les frères Coen se seraient déclarés peu à l’aise avec le format des séries. Les abonnés Netflix doivent donc se contenter d’un long-métrage ou, plus exactement, d’un film à sketchs composé de six historiettes. Pouvons-nous nous satisfaire de ce qui peut être perçu comme un compromis entre réalisateurs et producteurs ?

La ballade de Buster Scruggs est un western d’anthologie en six volets mettant en scène les légendes du Far West. Chaque chapitre est consacré à une histoire différente de l’Ouest américain.

La séquence d’ouverture de La ballade de Buster Scruggs n’est autre que l’ouverture littérale d’un livre éponyme composé de six chapitres. Joel et Ethan Coen s’efforcent ensuite de mettre en images ces chapitres pour autant d’histoires de l’Ouest américain sans lien narratif entre elles. Ces récits largement musicaux peinent à former une œuvre homogène. Peu importe, le jury de la Mostra de Venise a jugé les qualités d’écriture suffisantes pour attribuer aux frères Coen le Prix du meilleur scénario.

Le premier sketch, western plus ridicule que comique, fait craindre le pire. Les regards caméra appuyés et insistants adressés aux spectateurs placent l’auditoire en position de témoin. Le discours futile tenu n’intéresse déjà plus. Nous tournons notre regard sur la composition des cadres et sur la fluidité des séquences. Les frères Coen jouent pleinement sur la largeur des plans et la profondeur de champ. L’esthétique mise en œuvre dans ce premier volet ne fera pas défaut aux cinq autres segments s’étirant sur plus de deux heures.

La fratrie cinéaste cède à la mode actuelle grande pourvoyeuse d’un cinéma esthétisant, vierge de toute aspérité, parfaitement calibré grâce à un conséquent travail de post-production. Les exemples récents font florès : Cold war (En panoramique étriqué) de Pawel Pawlikowski, Leto (Ceci « n’a jamais existé ») de Kirill Serebrennikov, Roma (Cinéma-système) d’Alfonso Cuarón, etc. Dans les décors de far west de La ballade de Buster Scruggs, tout est esthétisé à l’extrême jusqu’à la poussière soulevée par le pas des chevaux. L’ensemble paraît ainsi formellement artificiel et inutilement clinquant. Au cinéma, c’est pourtant de l’imperfection que surgissent le réalisme et la vérité.

A l’image de leurs durées inégales, les six histoires présentent un intérêt variable. Au jeu des comparaisons, inévitable quand il s’agit d’un film à sketchs, notre préférence va au troisième acte. Dans celui-ci, titré Ticket repas, Harrison (Harry Melling), artiste-tronc d’un cirque ambulant, voit son auditoire fondre au fil des représentations. Ces récits mêlant poésie, théâtre et discours politiques ne font de moins en moins recette. Son imprésario (Liam Neeson) saura lui trouver un inattendu remplaçant.

Dans chaque segment composant La ballade de Buster Scruggs, une fin inéluctable attend les principaux protagonistes. Tous penseront longtemps y échapper, certains y parviendront un temps mais, finalement, chacun sera fatalement rattrapé par son destin. L’orgueil ne peut servir de protection, c’est bien là le lot commun à tous les westerns qu’ils soient petits ou grands.

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