La belle époque – Celle, toute personnelle, de 1974 !

Après avoir été présenté à Cannes en sélection officielle mais hors compétition, La belle époque démarre son exploitation en salles. Le deuxième long-métrage réalisé par Nicolas Bedos suit dans son passéisme le personnage principal interprété par Daniel Auteuil. Surproduit et sur-découpé, le voyage temporel proposé n’offre jamais le vertige espéré.

Victor, un sexagénaire désabusé, voit sa vie bouleversée le jour où Antoine, un brillant entrepreneur, lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, cette entreprise propose à ses clients de replonger dans l’époque de leur choix. Victor choisit alors de revivre la semaine la plus marquante de sa vie : celle où, 40 ans plus tôt, il rencontra le grand amour…

La belle époque est un titre à ne pas prendre au pied de la lettre. Le film n’évoque pas le début du siècle dernier mais plus prosaïquement mai 1974. C’est à cette époque que Victor (Daniel Auteuil) rencontra Marianne (Fanny Ardant, circonscrite à un rôle trop secondaire) devenue depuis son épouse. Une rencontre dans un bar qui sera le principal lieu dans lequel se tiendra l’action. Un lieu reconstitué par Antoine (Guillaume Canet), metteur en scène et scénariste de soirées sur mesure. Il faut voir en ce personnage le double de Nicolas Bedos, absent devant la caméra mais toujours présent, parait-il, derrière celle-ci.

L’entreprise à succès d’Antoine le met à la tête d’une troupe de comédiens. Parmi eux, Margot (Doria Tillier, portée à un rôle trop principal) endosse le rôle de Marianne pour rejouer sur commande de Victor et à l’envi cette rencontre amoureuse de 1974. A travers Le belle époque, le réalisateur met donc à l’écran sa compagne à la ville et adopte envers elle et par l’intermédiaire du personnage interprété par Canet une attitude de libertin-voyeur-donneur d’ordres faussement cynique et réellement machiste.

Le scénario est astucieux et la reconstitution en studio des décors de mai 1974 est plutôt convaincante. L’ensemble fait indubitablement penser à Minuit à Paris (2011) de Woody Allen. Mais le récit de Bedos n’a ni le charme ni la poésie de celui d’Allen. Là où ce dernier joue sur un humour fin et volontiers cynique, Bedos s’amuse de répliques certes vachardes mais moins senties et parfois vulgaires. Une vulgarité absente des écrits d’Allen. La finesse mais aussi la justesse d’écriture sont plus notoires chez le cinéaste-auteur américain qu’elles ne le sont chez son « homologue » français.

Avec le personnage d’Antoine, La belle époque gagne une double mise en abîme. Il y a d’abord celle du film dans le film : l’envers des décors de plateau, la direction d’acteurs, etc. Il y a aussi celle moins visible de la petite histoire dans la grande histoire : relations amoureuses croisées. L’acteur-réalisateur Canet convainc dans ce rôle de metteur en scène jouant sur l’intensité de la luminosité filtrée (à forte dominante jaune-brun « d’époque ») et de l’ambiance sonore de ses scènes. Sa fonction de directeur d’acteurs l’incite à souffler les bonnes répliques (ou ordres) à ses comédiens équipés d’une oreillette. Le film peine ainsi à se départir d’un récit semblant trop souvent téléguidé. Ce même sentiment traversera l’esprit des spectateurs lors des séquences durant lesquelles Victor se remémore ses souvenirs. Certaines scènes annoncent ainsi littéralement les événements et les actions de la séquence suivante.

Mais peut-on parler véritablement de scènes ? Le montage syncopé du film empêche l’installation sereine d’une ambiance pourtant essentielle à tout film cherchant à reconstituer une époque. Si l’auditoire prend plaisir à voir Antoine affairé à chasser tous les objets anachroniques de ses soirées reconstituées, il pourra être par contre surpris d’entendre une bande originale peu marquée par les années 1970 visitées. Certes, la chanson J’ai dix ans d’Alain Souchon a été éditée en 1974, mais ses paroles ne collent en rien à la situation de Victor. Là encore, Allen aurait choisi une bande son jazzy beaucoup plus atemporelle et par conséquent plus appropriée. Le cinéma est ou du moins devrait être une affaire d’artistes, rang auquel Bedos ne peut décemment prétendre.

 

2 réflexions sur “La belle époque – Celle, toute personnelle, de 1974 !

  1. Je trouve que le montage syncopé et les quelques dialogues réussis font diversion. Mais ce film est tellement artificiel par ses procédés qu’il en est lourd. Bedos se fait sans doute le porte-voix nostalgique de son père mais cette évocation du passé est trop factice dans son principe pour m’émouvoir. On ne sent pas du tout l’empreinte du temps dans cette reconstitution de 1974, c’est gênant. J’ai passé un moment plaisant mais le film ne va pas laisser beaucoup de traces

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour François
      Nous sommes d’accord. La belle époque reste plaisant à regarder mais finalement, après projection, on n’en retient pas grand-chose. La faute en revient effectivement au côté factice du film renforcé par un montage syncopé et aussi à un récit très balisé. Le film surprend peu et ne m’a jamais proposé le vertige attendu d’un film « d’époque ».

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