Francofonia – L’art de filmer l’art

Francofonia - Façade (734x341)

Notre rédaction In Ciné Veritas a classé Francofonia en 10ème position dans son Top 2015.

Ce film éclaire les mesures prises pour préserver les œuvres d’art du Louvre avant et durant l’occupation allemande. Actions facilitées par la « collaboration » des deux principaux protagonistes : Jacques Jaujard (Louis-Do de Lencquesaing), directeur du Louvre et le Comte Wolff-Metternich (Benjamin Utzerath), responsable de la commission allemande de protection des œuvres d’art .

1940. Paris, ville occupée. Et si, dans le flot des bombardements, la guerre emportait La Vénus de Milo, La Joconde, Le Radeau de La Méduse ? Que deviendrait Paris sans son Louvre ?

Deux hommes que tout semble opposer – Jacques Jaujard, directeur du Louvre, et le Comte Franz Wolff-Metternich, nommé à la tête de la commission allemande pour la protection des œuvres d’art en France – s’allient pour préserver les trésors du Musée. Au fil du récit de cette histoire méconnue et d’une méditation humaniste sur l’art, le pouvoir et la civilisation, Alexandre Sokourov nous livre son portrait du Louvre.

Cette « intrigue » est surtout le prétexte pris par Alexander Sokurov pour nous faire visiter le Louvre et nous retracer l’histoire de ce musée. Cette déambulation nous permettra de croiser Napoléon, Marianne et d’évoquer, entre autres, Tolstoï, Tchekov, Pétain, Lescot. On sait le cinéaste russe passionné par l’art, notamment par la peinture et la sculpture, considérant le 7ème art comme mineur, pourtant il le pratique à la perfection. Cette passion affleure chaque plan.

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Le film est techniquement moins virtuose que L’arche russe (2002) où A. Sokurov nous proposait la visite du musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg en un seul plan séquence (en fait, il y en en deux). Il y a également moins de recherches dans la mise en scène en comparaison de celle observée dans Faust (2011). Il n’en demeure pas moins que Francofonia est très riche dans son contenu et dans sa forme. C’est un film polymorphe prenant les apparences d’une anthologie de matériaux visuels.

Ainsi, ce docu-fiction mixe diverses images (vraies ou fausses archives ; photographies ; cartes postales ; tableaux ; sculptures ; dessins d’architecture ; vidéos webcam/Skype ; vues aériennes de Paris, de rues parisiennes et du Louvre prises depuis un drone) aux formats différents (scope ou quasi-carré). A cela s’ajoute l’affichage de détails peu communs : visualisation de la bande son sur la gauche de l’écran et/ou des perforations de la pellicule côté droit. L’ensemble est baigné dans des teintes sépia. C’est également un film dans le film, clap de début de tournage sur certaines scènes.

La caméra, quasiment toujours en mouvement, donne vie aux photographies et tableaux (essentiellement des portraits) et met en chair les statues croisant l’objectif. Ainsi, lors de sa première apparition, Marianne semble sortir d’un tableau de grand maître.

Autre curiosité. Le générique de début ressemble étrangement à un générique de fin : aucune image, défilé de l’identité des personnes ayant pris part au film. Seule la voix off du réalisateur « anime » ce générique… en nous indiquant sa crainte que le film soit raté ! Etrange entrée en matière. En fin de film, le générique se limitera au mot « Fin » sous-titré du titre du film. Le générique de début était bien le générique de fin !

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Cette voix off du réalisateur est le point négatif du film. En VOST, le film nous est raconté en langue russe. Cette langue qui narre des évènements entre français et allemands, certes neutre, n’est pas appropriée même s’il est fait plusieurs fois référence au « pays des bolchéviques » (notamment au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, clin d’œil à L’arche russe dont Francofonia est un joli reflet). Une fois n’est pas coutume, nous pensons qu’il faut privilégier la VF à la VOST, d’autant qu’il y a peu de dialogues (principalement en français, un peu en allemand).

Ce film ambitieux, très plein, est une très belle leçon d’histoire. Il est exigeant, à l’image du conséquent travail de documentation et de postproduction réalisé. Francofonia s’adresse avant tout aux amoureux du 7ème art (bel exercice de style par un cinéaste virtuose), mais plus largement aux amoureux de l’art (peinture, sculpture…) et aux passionnés d’histoire.

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