La flor – Bouquet cinématographique (1/4)

En 2018, Carlo Chatrian, directeur du festival de Locarno, vit en La flor une « réponse du cinéma aux séries télévisées ». Ce film de Mariano Llinás est une œuvre-monstre qui déroule successivement six histoires sur plus de treize heures. Une narration au long cours découpée en quatre parties et animée par un quatuor d’actrices – Elisa Carricajo, Valeria Correa, Pilar Gamboa et Laura Paredes – qui endosse de multiples rôles. Les spectateurs retrouveront pareille multiplicité dans les styles cinématographiques visités par le cinéaste argentin au fil de dix ans de tournage à travers le monde.

« La Flor » cambriole le cinéma en six épisodes.

Chaque épisode correspond à un genre cinématographique.

Le premier est une série B, comme les Américains avaient l’habitude d’en faire.

Le second est un mélodrame musical avec une pointe de mystère.

Le troisième est un film d’espionnage.

Le quatrième est une mise en abîme du cinéma.

Le cinquième revisite un vieux film français.

Le sixième parle de femmes captives au 19e siècle.

Mon tout forme « La Flor ».

Ces six épisodes, ces six genres ont un seul point commun : leurs quatre comédiennes.

D’un épisode à l’autre, « La Flor » change radicalement d’univers, et chaque actrice passe d’un monde à l’autre, d’une fiction à un autre, d’un emploi à un autre, comme dans un bal masqué.

Ce sont les actrices qui font avancer le récit, ce sont elles aussi qu’au fur et à mesure, le film révèle. Au bout de l’histoire, à la fin du film, toutes ces images finiront par dresser leurs quatre portraits.

De prime abord, visionner La flor dans son intégralité peut sembler relever d’une entreprise intimidante car la durée inhabituelle de ce très long métrage impressionne : plus de huit cents minutes. Pour rassurer les spectateurs, Mariano Llinás nous accueille dans le préambule du film pour nous décrire la structure de son projet cinématographique démesuré. Le cinéaste argentin rédige sur papier et commente en voix off une sorte de mode d’emploi sur la façon d’appréhender cette œuvre-monstre.

Autour de ses quatre actrices, Llinás ambitionne de faire le récit de six histoires dont le tournage a duré dix ans. Les quatre premières histoires sont annoncées sans fin. A l’inverse, l’ultime récit aura une fin sans avoir de commencement. Finalement, seule le cinquième segment proposera un récit complet.

Ce schéma narratif figuré par des flèches tracées au feutre sur un carnet par le réalisateur forme le croquis de la fleur arborée sur l’affiche du film. Les six histoires semblent donc former une entité unique. Mais, si La flor est unique, ses six épisodes relèvent de genres cinématographiques très différents et qui vont se faire succéder à l’écran :

  1. Une série B
  2. Un mélodrame musical
  3. Un film d’espionnage
  4. Un film fantastique mettant en abîme la réalisation de La flor
  5. Une revisite de Partie de campagne (1946, Jean Renoir)
  6. Un portrait de quatre ex-prisonnières au XIXe siècle

La flor change ainsi radicalement d’univers et de fiction d’un épisode à l’autre. Cet éclectisme nuit à l’unité de ce très long métrage. Les six histoires racontées sont sans rapport entre elles et d’une durée allant d’une vingtaine de minutes à plus de cinq heures. Les interrogations soulevées par tel épisode ne trouveront pas de réponse dans les suivants.

Le schéma narratif mis en œuvre se révèlera déroutant et définitivement passionnant car imprévisible. La singularité du projet et son caractère composite assumé ne permettent pas de comparer La flor aux séries télévisées. D’ailleurs les histoires racontées, pour la plupart incomplètes, ne se ressemblent pas et ne se suivent pas. La flor ne constitue donc pas une « réponse du cinéma aux séries télévisées ».

Le seul parallèle qui nous vient en tête nous amène à faire dialoguer La flor avec Les mille et une nuits (2015, Pour mille et un plaisirs) de Miguel Gomes. Mis au grand jour, ce rapprochement apparaît assurément insatisfaisant pour mille et une raisons.

Continuará… La flor – Bouquet cinématographique (2/4)

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